Descente au ciel (ou montée en enfer si vous préférez) Chap 10

 Voici mon histoire, dans laquelle je raconte comment je me suis embobiné de plus en plus dans  mes jeux de rôles au point de ne plus pouvoir m’en sortir.

Chapitre 10  Retour chez maman

Vous trouverez les chapitres précédents  dans la “catégorie”  “Ciel ou Enfer” en ordre renversée, le premier chapitre se trouvant tout à fait en bas.

Dans le premier chapitre je racontais comment à 18 ans je tombais amoureuse de Guy, un homme de 35 ans,  et comment nous aimions faire des jeux de rôles. Des jeux ou initialement je jouais le rôle d’une adolescente mais qui m’emmenaient à accepter d’être traité comme un bébé par Lucie, l’ex de Guy. Dans le second chapitre je racontais comment nous aimions jouer en public et comment ces jeux devenaient  de plus en plus compulsifs.

Dans les chapitres 3 et 4  je racontais comment j’étais devenu accroc aux jeux de bébés et aux couches et comment  je  perdais graduellement tout contrôle.

Dans le 5ième chapitre je racontais mon séjour en hôpital psychiatrique, ou les psychiatres avaient essayé de me « guérir ».

Dans le 6ième chapitre je racontais  que Guy  me trouvait une « nanny », Maria, une jeune philippine, pour prendre soin de moi, et de la visite de Carlotta, la fille de 12 ans de Guy. Et dans le 7ième chapitre je racontais de la double visite d’Emilie, ma copine d’uni, avec sa nièce Sophie de 9 ans.

Dans le 8ième chapitre je racontais  comment Guy, Maria et moi, petit à petit, formaient une petite famille. Avec des relations un peu tordues, mais une famille quand même. Et dans le 9ième chapitre je racontais comment après la courte période de bonheur familial je redescendais dans un enfer de couches sales et de dépendance absolu permanent

Quelques jours après que j’avais dégouté Guy en souillant  mes couches quand j’étais assise sur ses genoux, mon monde s’écroulait.

Guy m’annonçait qu’il partait pour une longue période à l’étranger. Il allait lui-même lancer une filiale de son entreprise en Asie. Je ne voulais pas comprendre et j’attendais qu’il m’invite à l’accompagner. Mais il m’expliquait qu’il avait terminé le contrat avec Maria. Je ne voulais toujours pas comprendre. Il expliquait qu’il avait long temps hésité mais depuis quelques jours il savait qu’il ne pouvait plus continuer notre relation. Voyant ma panique il me disait  doucement que je ne devais pas avoir peur, qu’il avait tout réglé. Il avait pris contact avec ma maman et elle était ravie de me reprendre chez elle.

Je me suis littéralement écroulée par terre. Maria, qui attendait derrière la porte, est venu me calmer, et ensemble avec Guy  ils m’ont mis au lit après m’avoir fait prendre un calmant.

Je n’ai plus beaucoup de souvenirs des jours suivants, probablement à cause des calmants qu’ils ont continué à me donner. Mais le jour J était arrivé très vite.

Avec une voiture chargée à mac avec mes vêtements, mes jouets et mes couches, Guy me conduisait chez ma mère qui m’attendait en effet toute ravie. Elle m’accueillit presque chaleureusement, et quand après que la voiture fût déchargée Guy ne savait pas très bien s’il devait prendre ces adieux immédiatement ou encore rentrer dans la maison, elle avait la délicatesse de sentir qu’il fallait mieux couper court. Quand il était partie je retenais avec beaucoup de peine mes larmes mais elle m’aidait gentiment à m’installer dans mon ancienne chambre en ajoutant qu’on rangerait le reste de mes bagages le jour suivant.

Quand elle me laissait seule je me sentais abandonné par Guy et bien que je le comprenne j’étais fâchée sur lui. Et me retrouver dans cette chambre ou j’avais passé mon enfance et adolescence, ou je m’étais sentie tellement opprimé et prisonnière, me donnait des frisons dans le dos. Mais en même temps je m’y sentais en sécurité et je me laissais tomber sur mon lit avec un grand soupir de soulagement, essuyant mes larmes. .

Ma mère et moi passions la soirée ensemble en regardant la télévision et montions nous coucher assez tôt. Je m’étais installé dans mon lit avec un livre d’enfance que j’avais retrouvé quand ma mère rentrait dans ma chambre.

« Guy m’a dit que tu fais pipi presque tous les nuits, j’ai mis une alèze sous ton drap, mais est-ce que tu ne ferais pas mieux de mettre une couche ? »

Je devenais tout rouge. Evidemment je savais que Guy avait longuement parlé avec ma mère mais néanmoins j’étais gêné par le fait qu’elle savait que je portais des langes. En plus j’avais décidé de reprendre contrôle de ma vie et très consciemment je n’avais pas mis de couche. Je voulais l’expliquer mais ma mère m’interrompait : « Ecoute fillette, t’es revenu ici parce que tu n’étais pas capable de vivre tout seul. Alors je crois que tu ferais mieux de suivre mes conseils, tu ne crois pas ? »

Je ne voulais pas avoir des mots dés le premier jour et j’acquiesçais. Ma mère, voyant que ne ripostais pas, demandait ou j’avais mis mes couches. Je lui indiquais l’armoire ou je les avais cachées. Elle en sortait une et me demandait si je nécessitais de l’aide. Avec une petite voix je répondais que je pouvais me débrouiller tout seul. Elle me donnait la couche et puis attendait en me regardant. Quand je répétais que je me débrouillerais toute seule elle répondait qu’elle préférait attendre. Tout honteuse je dépliais la couche, descendais mon pantalon de pyjama, glissait la couche en dessous de mes fesses, et la renfermait en ajustant les adhésifs, pendant qu’elle regardait.

En me rassurant que c’était quand même mieux que de mouiller son lit elle me souhaitait bonne nuit. Arrivé à la porte elle se retournait pour me dire sur une ton gentille que j’avais eu une journée éprouvante et que je ferais mieux de dormir tout de suite. De nouveau j’acquiesçais mais elle attendait que je mette le livre sur mon chevet de nuit avant d’éteindre la lumière.

« Bonne nuit fillette » « Bonne nuit maman »

Le lendemain matin quand je me réveillais j’entendais du bruit en bas à la cuisine et je savais donc que la salle de bain était libre. J’enlevais ma couche  – toute sèche – et je prenais ma douche avant de descendre. Puisque c’était un dimanche de printemps radieux je mettais une petite robe d’été. Quand je rentrais à la cuisine ma mère me recevait avec un sourire un peu forcée : « Ah te voilà enfin. Tu sais que je n’aime pas qu’on reste trop long temps au lit, il faudra te réadapter aux horaires de la maison.». J’aurais préféré un autre accueil mais je n’étais pas vraiment surprise et je m’excusais pour mon retard. Cela avait l’air de la remettre de bonne humeur parce que sur un ton plus gentil elle m’indiquait que mon petit déj m’attendait. Quand je voulais m’asseoir elle me retenait : « Attend, tu ne veux pas ruiner ta jolie robe.». Et sur ça elle sortait d’une armoire un des tabliers d’école en vichy bleu qu’elle m’avait fait porter jusqu’à mes 15 ans.

Je réalisais immédiatement  que si j’acceptais de mettre ce tablier je retournais 5 ans en arrière et que je redevenais la petite fille soumise et anxieuse que j’avais abandonné avec beaucoup de difficultés quelques années auparavant. Mais, las et soulagé en même temps, j’étirais mes bras devant moi pour l’aider à m’enfiler le tablier, puis je me retournais pour qu’elle puisse le boutonner dans le dos et fermer les lanières avec un nœud  dans la taille. Quand elle avait terminé elle me prenait par les épaules et me retournait de nouveau vers elle : «  Voila ma petite Claire de retour. »

Cette remarque me transperçait le corps comme une épée, mais en même temps je me sentais plus calme que je ne m’étais sentie depuis des années. En effet j’étais de retour, sain et sauf, au havre, protégé du grand monde sauvage ou les petites filles se perdent. Je souriais timidement à ma mère et je m’asseyais pour prendre mon petit déjeuner.

Quand j’avais terminé ma mère décrétait qu’on allait ranger  mes affaires. Le restant du jour était consacré à ça. Evidemment il n’y avait pas moyen de tout garder dans ma chambre. Donc il fallait décider les choses à garder, à vendre, à jeter, à mettre à la cave.

Ma mère avait vite repérées mes belles robes et autres vêtements de grandes marques, et décidait qu’on allait les vendre : « Ce n’est pas le genre de chose que tu voudrais porter ici au village. Et en plus je ne crois pas que ces vêtements te vont, elles ne sont pas conçues pour quelqu’un de ta taille ».

Quand elle voyait ma collection de bijoux elle ne voulait pas croire que c’étaient des vrais. Mais quand j’insistais elle disait qu’elle allait les mettre en sécurité « pour le jour qu’on aura besoin de les vendre ».

Quand aux habits et accessoires de Lo, elle se demandait comment c’était possible de porter des trucs aussi vilains et ordinaires, et tout passait à la poubelle. Il me restait donc les vêtements de Pupuce, qu’elle trouvait adorables, et les salopettes et gros pulls « bien pratiques » de Petite Claire.

Ma chambre se remplissait vite de mes poupées, jouets et livres d’enfants. Puisqu’il n’y avait pas assez de place une partie trouvait un rangement à la cuisine. Quand à mes livres et cours d’université, ils étaient descendus à la cave: « J’ai toujours su que l’uni était trop dure pour toi. Cela t’a même menée à l’asile de fous. J’espère que t’as appris ta leçon ? » C’était sa grande victoire.

Mais d’où vient ce besoin permanent de ma mère de me réduire, d’empêcher mon épanouissement ? J’y ai souvent pensée et je crois que je comprends, au moins pour une partie.

Ma mère avait seulement 18 ans quand je suis né. Elle m’a toujours accusé d’être la cause du fait qu’elle n’avait pas eue de jeunesse, et qu’elle n’avait pas su faire des études. Mon père était un charmeur. Il avait séduit ma mère, et puis il avait fait « la chose décente » en la demandant en mariage après qu’elle était tombée enceinte. Mais il la trompait dés le premier jour. Et quand elle commençait à lui faire des reproches, pour rentrer tard, pour la laisser seule avec ce « foutu môme », pour la tromper, il s’absentait de plus en plus.

Moi je l’adorais. Quand il était à la maison il jouait avec moi pendant des heures, à la grande colère de ma mère.

 

Quand il était absent elle se vengeait. Je me souviens que quand j’étais encore toute petite elle menaçait qu’on allait partir à nous deux, sans laisser d’adresse, ainsi que mon père ne pourrait plus jamais nous retrouver. On peut s’imaginer l’effet de ce genre de discours sur une gosse de 3 ans. Ou quand mon père ne rentrait pas pendant plusieurs jours elle me disait que c’était de ma faute, qu’il en avait marre d’avoir un bébé qui pleurait tout le temps.

 

Une vraie torture psychologique. Elle ne me montrait presque jamais de l’affection, me prenant que très rarement dans ces bras.  Elle ne m’apprenait rien, ne m’encourageait jamais. A part pour me critiquer elle m’ignorait. Mais la critique était incessante et elle me traitait toujours comme un bébé. Prétendant que j’étais trop maladroite elle ne me laissait pas utiliser un couteau jusqu’à la l’âge de 9 ou 10 ans. Jusqu’à cet âge elle mixait ma nourriture et me faisait porter un bavoir.

 

Après la mort de mon père dans un accident de voiture quand j’avais 8 ans ma mère prétendait qu’il s’était suicidé parce qu’il avait honte de sa fille. Je criais que ce n’était pas vrai, mais elle insistait et la doute s’installait. Beaucoup d’années plus tard je saurai qu’il n’y avait pas eu le moindre indice pour soupçonner un suicide mais pendant toutes ces années j’ai toujours eu ce petit doute horrible.

Un peu de temps après le décès j’avais quelques “accidents” la nuit pendant quelques mois. Ma mère me faisait porter des couches ce que je trouvais horriblement humiliant. Même quand je ne mouillais pas mes couches pendant plusieurs semaines elle me les mettait chaque nuit. J’ai porté des couches pendant plus qu’un an, ce qui était une autre raison pour m’humilier (« Est ce que le bébé a été propre cette nuit ? »). Les jours de week-end elle me gardait dans ma couche pendant une bonne partie de la journée (« Non je n’ai pas le temps de te changer maintenant »). A plusieurs occasions je n’ai plus su me  retenir et j’ai souillé ma couche, ce qui me donnait évidemment droit à encore des insultes et des punitions.

 

Mon père me manquait énormément. Il me manque toujours aujourd‘hui. Mais la vie continuait. Et pour un petit moment il y avait même une amélioration. Mais puis, quand j’avais 10 ans, ma mère rencontrait ce veuf. Je ne sais pas comment ils se sont connus mais je crois par Internet. Il vivait avec sa fille de 9 et son fils de 6 ans dans une autre ville. Pendant une bonne année on a passée tous nos week-ends et vacances ensemble.

 

Avec recul il est évident qu’il ne cherchait pas une compagne mais une ménagère et une mère pour ces enfants. La façon que ma mère cherchait à être appréciée par cet homme distant était pathétique. Et moi il m’ignorait royalement, j’étais la fille de la bonne.

 

Chaque week-end ma mère devenait l’esclave des deux enfants, surtout de la fille. La petite garce de 9 ans était vraiment méchante. J’étais la victime permanente de ces moqueries et ma mère, essayant de monter dans ces grâces,  m’humiliait encore plus que d’habitude, croyant que la petite allait l’apprécier.

 

Elle ne tardait pas à dévoiler à ma nouvelle « famille » qu’il y a peu je portais encore des couches pour aller dormir. Utiliser des couteaux et des fourchettes étant tout neuf pour moi, à table on se moquait de ma maladresse. Prétendant de gagner du temps ma mère souvent prenait mon assiette et coupait ma nourriture en petits morceaux comme elle le faisait pour mon petit « frère ». Et elle me faisait porter systématiquement un bavoir au grand plaisir de ma « sœur ». 

 

Elle recevait souvent des nouveaux vêtements mais à moi on me disait que je n’en méritais pas puisque je ne les soignais pas assez. Bien que j’avais une année de plus j’étais nettement plus petite qu’elle. Donc de temps en temps ma mère demandait à ma « sœur » de chercher dans sa garde-robe des habits qui étaient devenus trop petits et de me les donner. La garce cherchait toujours les pièces les plus moches, usées ou enfantines, et puis quand je les mettais elle se moquait de moi.

 

Je devenais de plus en plus timide et mon passe temps préférée était de me mettre dans un coin avec un livre. Assez douée je lisais parfois des livres pour des enfants plus âgées.  Quand ma mère le remarquait elle me faisait lire tout haut, et quand je mal-prononçais un mot, ou quand elle soupçonnait que je ne le  comprenais, elle me le faisait répéter ou en expliquer la signification. Si je n’y arrivais pas le livre était déclaré encore trop difficile et confisqué. Très vite je n’arrivais plus à lire deux phrases cohérentes ou de prononcer des mots tout simples devant elle, sans bégayiez et sans m’embrouiller complètement, au grand plaisir de ma « sœur ». Je me résignais à lire des livres pour des enfants plus jeunes, afin qu’on me laissait tranquille.

 

Un autre sujet favori était mon écriture « illisible ». Elle me faisait faire des exercices sur le papier à double ligne qu’employait mon petit « frère » qui était en première classe. Elle me faisait même faire mes devoirs d’école sur ce papier jusqu’au moment que l’institutrice lui disait que ce n’était pas nécessaire.  

 

Tout ceci minait complètement le peu d’estime propre qui me restait. Je devenais très irritable et pleurait facilement, ou par pure frustration je piquais des colères ou je jetais par terre tout ce qui était à ma portée. A ces moments j’hurlais des méchancetés à ma « sœur » et essayait même de la battre. Ces réactions enfantines me méritaient d’autres punitions humiliantes comme devoir me mettre dans le coin ou aller dormir tôt. Mais la punition la plus humiliante était quand ma mère m’attachait les mains dans le dos, me forçant de demander de l’aide pour tout. La première fois était quand j’avais de nouveau jeté des trucs lors d’une colère. Mais cela devenait une punition fréquente. A chaque fois je me jurais d’être stoïque et de ne rien demander mais à chaque fois je n’avais pas assez de caractère et je finissais à demander un verre d’eau ou de changer la chaine de télévision. Le pire était quand je devais aller à la toilette et que ma mère demandait à ma « sœur » de m’aider. La petite garce ne cachait pas le plaisir qu’elle trouvait à m’humilier en baissant mon slip, d’attendre pendant que je me soulageais, et de remettre mon slip sans m’essuyer le pet.

 

Je la haïssais. Mais le petit garçon était très gentil et je m’entendais bien avec lui. Donc après quelques mois je prenais l’habitude  de jouer avec lui. Nos jeux préférées étaient le play-mobil, les livres à colorier, et … même les poupées. (ce qui nous méritait tout les deux les remarques moqueuses de la sœur). Je crois que c’est la que pour la première fois j’ai appris à me refugier  dans le rôle d’une personne plus jeune.

 

Après un peu plus qu’un an cela ce terminait brusquement. Je crois que ma mère avait finalement compris qu’elle n’était que la bonne, qu’il ne la demanderait jamais en mariage. D’une semaine à autre nos visites de week-end étaient terminées.

 

 

C’était à ce même moment que je commençais l’école secondaire et j’étais “sauvé” par mon nouvel instituteur. Malgré toutes mes insécurités j’avais terminé l’école primaire une année trop tôt. Dans la nouvelle école j’étais devenu toute suite l’objet de beaucoup de taquineries à cause de ma petite taille. Tout le monde me traitait de Petite et de Puce. Ma mère en profitait pour suggérer à l’école que je n’étais pas assez mûre et que je ferais mieux de retourner un an en primaire. Son insistance avait attiré l’attention de mon prof et il me payait spécialement attention. C’était lui qui découvrit en dessous de la petite fille timide, anxieuse, et maladroite, une personne intelligente, imaginative et sensitive. Il c’est acharné à faire surgir cette personne à la surface.

 

Si à l’école je sortais petit à petit de ma carapace, à la maison rien ne changeait. Au contraire. Ma mère continuait à critiquer tout ce que je disais et faisais, et à me traiter comme un petit gosse. C’est à cette époque qu’elle a commencé à me forcer à porter un tablier, tablier que j’ai porté jusqu’à l’âge de 15 ans. Et elle me faisait porter des vêtements qui me donnaient l’aspect encore plus jeune. Dans un autre chapitre j’ai déjà raconté des petites jupes plissés aux chaussettes blanches qu’elle me faisait porter ce qui me donnait droit a bien de railleries de la part de mes copines à l’école. Les interventions de l’école n’aidaient pas. Au contraire, elle me disait que si l’école voulait que je m’habille comme une petite pute il était peut-être temps de changer d’école.

 

Mais petit à petit je prenais mes distances. Graduellement je ne voyais plus ma mère comme l’adulte menaçant qui avait un pouvoir absolu sur moi, mais comme la personne frustrée et pathétique qu’elle était en réalité. Je devenais « normale » et mes résultats scolaires devenaient les meilleurs de la classe. Un jour, un peu après mon 15ième anniversaire, je décidais que je ne me laisserais plus intimider. A partir de ce jour j’ai commencé à faire ce que je croyais que je devais faire, et j’ai cessé d’obéir à ma mère d’un jour à autre.

 

La suite je l’ai déjà raconté. A 17 ans je suis partie de la maison pour  commencer l’univ. De nouveau j’étais la plus petite et la plus jeune. Je me forçais de me surpasser et d’impressionner les autres. Mais quand Guy est venu dans ma vie, je me suis laissé berner petit à petit dans une vie plus facile. Fatiguée la petite soldate a abandonné la lutte.

Et me voici rentrée. Comme ma mère l’avait dit : sa petite Claire était de retour.

L’idée était terrifiante mais en même temps tellement attirante. Elle avait eu raison, je ne pouvais pas me surpasser en permanence pour toujours. Au fond j’avais déjà abandonné il y a long temps quand je m’étais refugié dans les bras de « papa » Guy, ou quand  j’avais abandonné toute dignité en me soumettant à Lucie.

Alors c’était mieux de rentrer chez maman. Elle au moins ne m’abandonnerait pas comme les autres.

Ce soir là, un peu passé 9 heures, ma mère me disait qu’il était temps de monter. Surprise je protestais en riant que je voulais attendre jusqu’à la fin du programme. Mais elle insistait « puisque le lendemain la semaine recommençait ». Je montais donc et après une petite hésitation mettait une couche. J’avais bien fait parce qu’après un quart d’heure elle rentrait dans ma chambre et me demandait si j’avais mis une couche. Et elle ne se contentait pas de mon affirmation mais vérifiait en me faisant descendre mon pantalon.

Le lendemain elle me faisait sortir du lit vers 7 heures pour que je prenne le petit déjeuner avec elle avant qu’elle ne parte à son travail à l’administration communale. Avant de partir elle me donnait des instructions des choses à faire pendant son absence.

Les jours suivants se passaient tous d’une manière identique. Je passais une bonne partie de la journée faisant le ménage mais les après-midi je passais tranquillement principalement en relisant tous les livres que j’avais adorée enfant. Je me sentais plus-tôt heureuse.

Très vite quelques routines s’installaient, tous désignés à accentuer ma soumission. Chaque soir elle m’envoyait au lit vers 9 heures et quart et montait pour contrôler si j’avais mis une couche et pour éteindre la lumière à 9 heures 30 pile. Le matin elle venait me réveiller et attendait jusque je sortais du lit pour mettre sa main en dessous de la couche pour vérifier si je m’étais mouillé ou pas. Dans cette première période ma couche était sèche tous les jours et elle me répétait donc tous les jours que c’était bien. Ajoutant même un jour que si je continuais comme ça on pourrait envisager bientôt d’essayer de ne plus mettre de couche. J’étais tellement surprise de cette remarque positive venant de ma mère que je sentais des larmes de bonheur surgir dans mes yeux.

Et quand j’arrivais à la cuisine j’enfilais mon tablier et puis me tournait avec mon dos vers ma mère pour qu’elle le fermait. Je faisais fort attention à ne pas salir le tablier et ça aussi me méritait parfois des compliments de la part de ma mère qui me remplissaient également d’un sentiment de bonheur. 

Parce que pour le reste rien n’avais changé. Chaque soir j’avais peur du moment qu’elle allait rentrer parce que chaque jour j’avais droit à un nombre de critiques concernant la façon que j’avais exécuté les taches ménagères qu’elle m’avait demandé de faire. Le plus souvent cela se terminait avec un grand soupir : « La prochaine fois je m’en occuperai moi-même ». Mais j’avais appris que si à ces moments je m’excusais la paix se rétablit toute de suite. Souvent elle disait alors que ce n’était pas bien grave et qu’elle savait que j’essayais de faire de mon mieux.

J’avais l’impression que nous avions trouvé un équilibre et je me demandais pourquoi il y a quelques années j’avais eu tellement besoin de m’enfuir de là. A ma surprise je me trouvais bien sous les ailes de ma maman, pour moi rien ne devais changer.

Mais après quelques semaines un soir ma mère me prenait à part pour me dire que je ne pouvais pas continuer comme ça à ne rien faire pendant toute la journée, qu’il était temps qu’on me trouvait un job. Du coup toutes mes insécurités revenaient.

Le lendemain quand ma mère était partie au bureau je sortais mes poupées et rentrais dans le rôle de Pupuce. C’était la première fois que je jouais un rôle depuis que j’étais rentré à la maison. Me retrouver dans la peau de la petite fille joyeuse et heureuse, loin de la menace de nouveau devoir affronter le grand vilain monde, me soulageait énormément. Bien que Pupuce ait 5 ans elle fait encore souvent pipi dans sa culote. Et cela arrivait aussi ce jour là. J’étais assis dans le canapé du salon quand l’accident arrivait. Je sortais immédiatement de mon rôle mais le malheur était fait. Je mettais un nouveau slip et une nouvelle jupe mais je n’osais pas enlever le tablier qui lui aussi était mouillé par derrière. Et évidemment il y avait une grande tache mouillé dans le canapé.

Quand ma mère le découvrit ce soir là c’était le grand drame. Elle croyait que je l’avais fait exprès, ce qui la rendait furieuse et sarcastique. Je ne sais pas pourquoi elle pensait que je l’avais fait express, mais peut-être qu’elle avait senti ma crainte de devoir aller travailler et qu’elle croyait que j’essayais d’y échapper de cette manière? De toute façon elle m’ordonnait de la suivre dans ma chambre ou elle me faisait enlever ma jupe et mon slip et remettre une couche. Puis elle me montrait une ceinture en me demandant de mettre mes mains dans le dos. Je comprenais tout  de suite ce qui allait suivre et je me mettais à pleurer et à plaider mais elle était impitoyable.

Quand mes mains étaient attachées elle me prenait par les épaules et riait: «Ca fait penser au bon vieux temps, non ? ».  Je ne réagissais pas et elle insistait « Non ? ». Je n’arrivais pas à répondre à cause des mes sanglots. Soulevant mon tablier elle donnait une petite tape sur la couche et continuait : « Mais à l’époque tu ne portais pas encore de langes,  ni même de tablier. T’en a fait du progrès tu ne trouves pas ? Alors tu croyais pouvoir t’échapper ? Tu vois ou ça ta emmené. Tu a toujours été incapable de t’occuper de toi-même et tu le seras toujours, tu sais ça, non ? » De nouveau je ne réagissais pas mais cette fois ci elle insistait jusque j’avais dit entre mes sanglots que je le savais. « Ne t’en fait pas la puce, calme toi, il ne faut pas avoir peur, je ne te laisserai plus jamais partir. Jamais ».

C’est seulement à ce moment là que je comprenais l’étendu de ma défaite. Mais en même temps j’avais envie de mettre mes bras autour de son coup et de lui donner un gros câlin de reconnaissance. Mes mains attachées m’en empêchaient, et je savais que de toute façon elle m’aurait repoussée, mais je me calmais et lui donnait un petit sourire timide.

Après elle m’avait emmené à la cuisine ou je la regardais pendant qu’elle préparait à manger. Elle mettait mes pommes de terre, viande et légumes ensemble et mixait le tout en une purée. « T’as faim ? ». Je n’osais pas dire non, et puis tout d’un coup j’avais envie que ma maman me nourrit à la cuillère, donc je hochais la tête. Mais avec un sourire sarcastique elle mettait mon assiette devant moi et poussant ma tête vers l’assiette elle m’ordonnait de manger.  Avec les larmes coulant sur mes joues je vidais l’assiette comme un chien.

Une fois terminée elle me nettoyait la figure avec un pan de mon tablier et annonçait qu’il était temps pour les petits bébés de faire dodo. Elle me mettait au lit sans me déshabiller et sans détacher les mains. Une fois au lit Pupuce venait à ma recouse et je m’endormais malgré l’inconfort des mains attachées dans le dos.

Le lendemain matin elle rentrait dans ma chambre, me libérait les mains et comme tous les jours vérifiât ma couche. Triomphante elle constatait que « le petit bébé a fait un gros pipi ». Elle m’ordonnait de la suivre à la salle de bain ou elle me disait de faire poo pendant qu’elle fasse sa toilette. Je protestais que je ne devais pas faire mais elle insistait que je ne descendrais pas avant d’avoir fait. Je m’efforçais et quand j’avais réussit elle venait vérifier, puis disait de me laver et de descendre sans m’habiller. Elle m’attendait à la cuisine avec une couche et deux serviettes rectangulaires. Une fois la couche mise, avec les serviettes supplémentaire dedans, elle me faisait enfiler une culotte en plastic et me remettait le tablier sale en m’annonçait que j’étais prête pour la journée. Cela faisait long temps que je n’avais plus porté une couche aussi grosse et malgré les circonstances j’aimais retrouver ce sentiment.

Après m’avoir donnée les instructions de ménage du jour elle partait à son travail. Je rentrais immédiatement dans le rôle de Pupuce. Au fond je n’avais pas vraiment sortie de mon rôle mais ma mère ne s’en était pas rendu compte. Et les désastres ne se faisaient pas attendre. Voulant faire les tâches ménagères ordonnées, je ne faisais que causer des accidents. Donnant de l’eau au plantes je les faisais déborder, voulant nettoyer la cuisine je renversais le seau et l’eau coulait jusqu’au living ou la tapis-plein était trempé, et à midi je renversais mon verre de jus d’orange sur mon tablier.

L’après midi je m’embêtais et décidais d’aller au magasin du coin. En me voyant entrer portant le même petit tablier sale d’il y a 5 ans le propriétaire me regardait avec des grands yeux. « Mais qui voilà ! Bonjour Claire, t’es en visite chez ta maman ? » Pupuce ne comprenait pas ce qu’il voulait dire. En visite ? Mais je hochais la tête. « Ah je suis sûre que cela la fait beaucoup de plaisir. Et avec quoi je peux t’aider ? ». Avec une petite voix je demandais une glace. Il ouvrait le frigo et je choisissais une glace au chocolat. « Cela fera 1 euro 75. » C’est seulement à ce moment là que je réalisais que j’étais partie sans argent. Toute confuse je m’excusais mais il me souriait qu’il l’aurait une autre fois de ma maman. Je le remerciais en balbutiant mais puis je lui demandais de ne pas dire à ma mère que j’étais venue. Il me regardait de nouveau avec des grands yeux quand j’expliquais que ma mère, n’aimait pas que je sorte de la maison.

Je me dépêchais à la maison ou je désemballais la glace et commençait à la manger lentement. Trop lentement, et elle commençait à dégeler. De nouveau j’étais maladroite et la glace faillit tomber. J’avais encore tout juste le temps de la rattraper dans ma main. Je la finissais en léchant dans ma main. Une fois terminé je nettoyais ma bouche à ma manche et j’essuyais mes mains au tablier.

Quand ma mère rentrait un peu plus tard et me trouvait avec ma figure plein de chocolat et mon tablier tout sale elle me grondait disant que j’étais une vrai disgrâce. Elle m’emmenait me regarder dans le miroir, et me demandait ou elle avait mérité d’avoir une fille dégoutante comme moi. Puis elle continuait en me demandant d’où venaient les taches de chocolat et je devais donc admettre que j’étais allé au magasin du coin, ce qui me méritait une autre avalanche de reproches. Mais quand elle découvrit les autres malheurs que j’avais causés elle ne se fâchait plus. Elle se contentait de soupirer.

Plus tard elle m’annonçait que le lendemain je l’accompagnerai à son travail à la commune. Quand j’avais été gosse je l’accompagnais souvent pendant les vacances. Je m’installais avec un livre dans un petit coin et je ne bougeais pas de toute la journée. Les collègues de ma mère me félicitaient toujours parce que j’étais si sage et tranquille. L’idée d’y retourner ne me déplaisait donc pas. C’était mieux que de rester toute seule à la maison.

Pour la fin :https://clairodon.wordpress.com/2010/04/21/ciel-ou-enfer-chapitre-11/

Certains lecteurs réclamaient une fin moins triste: https://clairodon.wordpress.com/2010/05/10/ciel-ou-enfer-11-bis/

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