La revanche 3

« Muriel observait avec satisfaction comment le garçon se comportait comme une vraie fille, comment il ricanait avec Emilie et les jumeaux, marchait à petits pas, s’asseyait en serrant ces jambes. Il portait une petite robe d’été sans manches, sous son tablier blanc à bretelles aux volants et avec la bavette sur laquelle il avait brodé lui-même son nom, décoré par des petites fleurs. Elle trouvait que cela lui allait bien »

Vous trouverez les chapitres précédents  dans la “topic”  « Revanche » en ordre renversée, le premier chapitre se trouvant tout à fait en bas.

Chap 3

Le jour de son retour en classe Mlle Irène s’occupait presqu’exclusivement de lui pour qu’il rattrape les quelques jours perdus. Cela le motivait à s’appliquer et non seulement la classe se passait plus vite que d’habitude mais l’institutrice le félicitait ce qui le remplissait de bonheur. L’après-midi quand Muriel lui demandait s’il voulait faire du sport il hésitait. Emily c’était changé en tenue de tennis et il avait trop envie de lui montrer comment il jouait, mais craignait être forcé à porter une robe ou jupe de tennis. Muriel, lisant une fois de plus ces pensées, le rassurait : « Si t’avais envie d’aller au club de tennis je suis sure que je te trouverais un short blanc à ta taille ». Sans une hésitation  de plus il acceptait et quelques moments plus tard Muriel lui donnait un polo et un short comme promis. Comme il aurait pu s’en douter c’était un petit short de fille avec une taille en élastique et sans zip, et quand il le mettait les pipes serraient autour de ces cuisses. Mais il était trop content de pouvoir aller jouer au tennis pour s’en préoccuper davantage. Et au club personne, ni garçons, ni filles, n’avait l’air de remarquer qu’il portait un short de fille. Il était satisfait de constater qu’il était parmi les meilleurs joueurs de son âge, et notait qu’il remontait un peu dans l’estime d’Emily.

Les jours suivants ce passaient normalement et il s’habituait très vite à porter des jupes et des robes. Les premiers jours les filles avaient ricanées derrière son dos mais elles aussi s’habituaient à le voir vêtu ainsi. Et l’attitude de Mlle. Hélène envers lui changeait complètement. Evidemment elle continuait  être aussi sévère et stricte, mais elle l’aidait et ne se moquait plus de lui, au contraire, elle le défendait quand Juliette le traitait de de sa façon hautaine habituelle.

Evidemment Muriel continuait à le traiter en petit enfant, l’obligeant à porter une bavette à table, à couper sa nourriture en petits bouts et à le mettre une couche pour aller dormir. Pendant quelques jours il résistait l’envie de mouiller sa couche mais puis l’envie devenait trop grande et il prenait l’habitude de faire pipi dans sa couche quand il se réveillait le matin et attendait la permission de sortir du lit. Et ici aussi les filles s’habituaient et ne faisaient plus de remarques, mais le fait qu’il pissait au lit renforçait évidemment leur idée que les garçons étaient des bébés éternels et encourageait Emilie de le traiter avec une certaine supériorité bienveillante, presque comme une grande sœur bien qu’elle avait 3 ans de moins que lui.

Néanmoins Alex était heureux. Ok, il était taquiné et on le traitait avec un certain dédain,-  Juliette plus que les autres -,  mais il se sentait beaucoup mieux qu’au collège ou la taquinerie avait été sans cesse et beaucoup plus virulent.

 

Les dimanches,  seul jour de la semaine où il n’y avait pas de classe, le programme était différent. Après le petit déjeuner tout le monde se préparait pour aller à l’église. La première fois Alex avait été étonnée de voir que les filles, à l’exception de Juliette évidement, mettaient des vêtements identiques.  Et même Juliette mettait des habits  très conventionnels pour aller à la messe. Le premier dimanche après son arrivé dans sa nouvelle famille Emilie et les jumeaux mettaient des jupes écossaises sous des chemisiers blancs et des cardigans, et Juliette une jupe plissée grise également avec un chemisier et un cardigan. Alex était surpris de voir sa demi-sœur dans des vêtements tellement « petite fille modèle », mais devait admettre que même comme ça c’était une fille super sexy. Lui-même mettait un pantalon en jean bleu foncé avec un chemisier et un pull, ce qui lui paraissait parfait, mais Muriel n’avait pas l’air satisfait et remarquait qu’elle chercherait autre chose pour le dimanche prochain.

Et en effet le dimanche suivant les 3 plus jeunes portaient des robes chasubles bleu marines avec des chemises rayées blanc et bleu, pendant que Juliette portait de nouveau une jupe plissée.  Mais cette fois-ci Muriel avait eu le temps d’arranger une tenue assorti pour Alex, consistant d’un short bleu marin aux pipes courtes et serrantes. Tous les 5 portaient des chaussettes hautes, celles de Juliette en bleu marin et blanc pour celles des 4 autres. Mais le plus horrifiant de tout était que Muriel les faisait porter des chaussures Mary Jane, à tous, Alex inclus.

A la sortie de l’église les filles se dispersaient pendant que Muriel parlait avec quelques amis. Juliette était tout de suite entourée d’un petit groupe d’adolescents, en majorité un peu plus âgés qu’elle. C’était évident qu’elle était très populaire, aussi bien parmi les filles que parmi les garçons, mais elle traitait ces derniers avec son dédain habituelle pour l’autre sexe.

Les petites avaient retrouvées des autres enfants de leur âges avec qui jouer pendant qu’Emilie avait rejoint un petit groupe de filles.

Alex, un peu perdu, hésitait entre rejoindre Emilie et ses amies ou attendre près de la voiture, quand deux garçons de son âge venaient vers lui :

«  Bonjour, tu t’appelles comment ? »

« Alex »

« Tu loges chez les Dumoulin ? »

Alex acquiesçait.

« T’as quel âge ? «

« Bientôt 12 »

« 12 ? Pourquoi t’es habillé comme un petit gosse alors ? »

Tout d’un coup Alex se sentait de nouveau en face des tortureurs du collège et sentait les larmes lui monter aux yeux.

« C’est pas vrai, le petit môme vas chialer »

Juste à ce moment il entendait la voix de Muriel derrière lui « Viens Alex,  il est temps de rentrer »  Il se retournait et voyait la belle femme lui sourire. Sans réfléchir il prenait sa main tendue et, main dans la main, ils s’éloignaient, pour aller chercher les autres.  C’est seulement à ce moment qu’Alex réalisait qu’avec ce geste il avait bien renforcé l’image de petit gosse et il n’osait plus se retourner. En même temps il se sentait protégée ce qui le rendait tout chaud à l’intérieur.

La semaine suivante il plaidait pour pouvoir mettre un pantalon mais Muriel ne cédait pas, et il partait dans le même tenu que la semaine avant. En rentrant à l’église il avait vu les mêmes garçons qui le regardaient et pendant tout le service il sentait leurs yeux dans son dos. L’idée de devoir sortir et de les affronter le donnait des sueurs froides. Mais en sortant Muriel lui prenait la main en disant qu’elle voulait le présenter à ses amis. Sans hésiter il la suivait et restait à côté d’elle pendant qu’elle parlait avec ses copains. A partir de ce jour chaque dimanche il sortait de l’église tenant la main de Muriel comme un petit gosse de 5 ans et ne la lâchait pas d’un pas jusqu’au moment de rentrer dans la voiture.

Une fois rentrés à la maison ils changeaient dans des vêtements de jeux et passaient la journée en jouant. Mais pour le repas du soir on « s’habillait ». Cela voulait dire que les filles mettaient des jolies robes à dentelles, mettaient des rubans dans les cheveux et portaient des bracelets. Chaque semaine c’était un concours à qui s’habillait le mieux. Même Juliette y participait.

La première fois, – c’était un jour après qu’il avait accepté de porter une jupe pour aller en classe, et le jour où les garçons à l’église l’avaient traité de petit gosse -, Alex résistait à participer dans ce jeu. Mais les autres insistaient tellement qu’il finissait par céder. Muriel et Emilie l’aidaient à choisir ces habits, ce qui n’était pas aisée puisqu’il refusait évidemment à porter une robe ou une jupe. Après beaucoup d’hésitations il se décidait pour un chemisier blanc à jabot et un short en velours bordeaux, sur des bas blancs. Il trouvait que le chemisier à jabot lui donnait un aspect de gentilhomme victorien qui lui allait bien. Et Muriel et les filles partageaient son enthousiasme.

Evidemment les semaines suivantes le choix devenait de plus en plus difficile. Mais Alex avait pris goût au jeu et donc deux mois après son arrivé il cédait à la tentation et mettait une jolie robe avec des manches ballons et un grand nœud dans le dos. La première fois qu’il choisissait à porter une jupe  Muriel avait souri, son plan fonctionnait mieux qu’elle ne l’avait espérée.

 

La même chose se passait pour les tenues de jeux. Au début Alex portait exclusivement des shorts mais après, attiré par la fraicheur des jolies robes d’été, il mettait de plus en plus souvent des robes et des jupes sans en être obligé.

Il prenait part dans les jeux de filles d’une manière de plus en plus naturelle, et Muriel regardait avec satisfaction comment il jouait à la marelle en tenant le bord de sa jupe dans ses mains.

Quelques  mois après son arrivé  Juliette et Emilie participaient dans un spectacle de ballet et toute la famille s’y rendait. Le groupe de ballet consistait rien que des filles à l’exception de deux frères de 6 et 7 ans. Les filles portaient des tutus mais les garçons étaient en  justaucorps et collants, ce qui intriguait Laure qui demandait pourquoi Jean et Michel ne portaient pas des tutus. Juliette répondait d’une manière distraite, et sur un ton légèrement irrité par une question aussi bête, que c’était parce que c’étaient des garçons.  Mais la petite n’était pas satisfaite par la réponse et elle répondait de voix haute « qu’Alex porte quand même des jupes. » Juliette, surprise, éclatait de rire et donnait raison à sa petite sœur, pendant qu’Alex, tout rouge, regardait autour de lui. Heureusement personne n’avait l’air d’avoir suivi la conversation.

Contrairement à ses attentes Alex aimait le spectacle, mais il était surtout attiré par une danseuse d’une beauté et élégance éclatante. Il faisait part à Emilie de son admiration pour la fille et demandait si elle la connaissait. Pendant l’entracte Emilie les présentait. Magali, c’était son nom, avait le même âge qu’Alex, et à part son élégance et sa beauté, était dotée d’un caractère très doux et gentille. Alex tombait immédiatement amoureux de cette créature exquise, qui de son côté donnait l’impression de le trouver sympathique, comprenant qu’il était différent des amis de ses frères. Quand il racontait qu’il avait adoré le spectacle elle était surprise et quand il insistait elle proposait qu’il se joigne à eux. Sans réfléchir il acceptait.

Quand il avait communiqué sa volonté de se joindre au groupe de ballet Muriel avait été enchantée. Par contre Juliette était de nouveau contrariée et même Emilie donnait l’impression de ne pas aimer l’idée qu’Alex se joigne à leurs classes de ballet.  Le jour de la prochaine répétition Muriel lui présentait une ancienne tenue de Juliette et il était envahi de doutes : Est-ce qu’il voulait vraiment porter un justaucorps bleu claire sur des collants roses en public ? Mais c’était trop tard, il l’avait promis à Magali. Quand il enfilait sa tenue il était surpris de constater que c’était très confortable, mais se regardant dans le miroir, il était horrifié. Il avait plus l’air d’une fille qu’il n’avait pensé. Bien sûre il avait déjà l’habitude de son aspect féminisé à la maison, mais ici il allait porter cette tenue de fille en public. Quand il sortait des cabines la première personne qu’il rencontrait était Emilie qui le complimentait en disant que cela lui allait bien. Il ne savait pas si elle était sincère ou entrain de la taquiner.

Mais personne ne faisait des remarques, personne n’avait même pas l’air de trouver sa tenue incongrue. Magali l’accueillait chaleureusement et l’aidait à faire ces premiers pas en attendant quel la prof n’arrive. Même Emilie avait l’air d’accepter sa présence, quant à Juliette, elle était avec des autres à l’autre bout de la salle et, comme d’habitude,  ignorait complètement sa présence.

A la même époque il se faisait convaincre de joindre le club de volley ou Emilie jouait chaque jeudi soir. Alex, depuis son séjour en pensionnat, haïssait les sports d’équipe. C’est-à-dire il haïssait de jouer dans une équipe, mais aimait bien regarder. Souvent il accompagnait donc pour regarder quand Emilie jouait des matches de volley. A plusieurs reprises on le demandait de participer mais il refusait toujours, jusqu’un jour ou il y avait plusieurs garçons absents, et il se faisait convaincre. A sa grande surprise, même sans entrainement il ne jouait pas mal et faisait même plusieurs points. A l’insistance du coach il acceptait donc de revenir la semaine après. Comme pour le ballet Muriel le donnait l’ancien uniforme de Juliette qui avait joué dans la même équipe avant.

Il était tellement habitué aux vêtements de filles que quand il s’habillait il ne se rendait même pas compte du fait que son short n’était pas le même modèle que celui des autres garçons. Les garçons jouaient avec des shorts aux pipes courtes tandis que ce qu’il avait enfilé était un minishort, type buruma  japonais, avec des élastiques aux pipes. Cette fois-ci il n’échappait pas aux remarques du genre s’il ne c’était pas trompé de vestiaire. Il ne comprenait pas tout de suite mais quand les autres garçons expliquaient qu’il portait un uniforme de fille, il rougissait et la seule réponse à laquelle il pensait était de dire « Et alors ? ». Habitué à porter des robes le petit short lui paraissait en effet tout à fait anodin. Mais ce n’était pas l’avis des autres qui pouffaient de rire. Heureusement qu’à ce moment le coach rentrait pour dire qu’ils étaient attendus sur le terrain.

 

Le modèle de short était tellement peu important pour lui que la semaine d’après il avait oublié l’incident et se présentait dans la même tenue. De nouveau il avait droit à des remarques mais quand il ne réagissait pas les autres laissaient tomber, et tout le monde prenait l’habitude de le voir dans sa tenue de fille. Evidement cela ne favorisait pas son intégration dans le groupe.

Il était assez doué pour le jeu et s’amusait en jouant, le reste ne l’intéressait pas. Mais il y avait un autre garçon, Jaco, un ou deux ans plus jeune qu’Alex, qui n’arrivait pas à s’intégrer. Très timide, moins doué pour le jeu, il était l’objet de taquineries du moment que le coach ne regardait pas. Alex s’y reconnaissait et avait pitié du gosse. Petit à petit ils devenaient amis.

Néanmoins quand Jaco l’invitait pour venir jouer chez lui il était surpris mais acceptait l’invitation. Se retrouver avec un autre garçon, jouant aux jeux d’épées et de revolver, et lire des bandes dessinés de super héros était un plaisir inattendu après les quelques mois passés à faire exclusivement des jeux de files. Jaco et lui devenaient de vrais amis et il si Muriel ne l’avait pas empêché il aurait abandonné son tennis pour pouvoir passer ses mercredi après-midi avec Jaco.  La 4ième ou 5ième fois qu’il avait passé quelques heures chez son copain Muriel, en venant le chercher, avait proposé à la mère de celui-ci qu’il était temps que Jaco passe une après-midi chez eux. Quand la mère l’acceptait avec enthousiasme Muriel et elle convenaient que la mère viendrait déposer son fils le samedi prochain pour passer l’après-midi chez son copain. Tout ceci était réglé à l‘issu d’Alex.

Quand ce samedi Jaco était déposé et qu’Alex, portant une petite robe polo bleu-claire en dessous de son tablier blanc, se trouvait tout d’un coup en face de son copain, les deux garçons étaient muets de surprise. Mais Muriel, faisant comme c’était tout à fait normal, arrivait déjà avec un tablier similaire qu’elle donnait à Jaco, expliquant que chez elle tous les enfants portaient des tabliers pour protéger leurs habits.

Le garçon paralysé et muet de surprise laissait Muriel lui mettre le tablier. Avant qu’il ne retrouve ses esprits Muriel l’avait noué dans sa taille et, fixant les bretelles, le déclarait prêt pour la journée. Jaco, comme se réveillant d’un cauchemar, regardait avec horreur d’abord le tablier à bavette et bretelles à volants, puis son copain qui non seulement portait un vêtement identique, – sauf qu’Alex l’avait entre-temps brodé avec son nom, entourés de fleurs et de papillons -, mais en plus son copain portait une robe !

« Quoi ? Euh, pourquoi euh, pourquoi tu portes une robe ? T’es une fille ? »

Alex lui aussi paralysé par les évènements ne savait pas quoi répondre, mais Muriel venait à son secours, en éclatant de rire :

« Mais non, pas du tout. Alex c’est un garçon tout comme toi, mais il préfère porter des robes. C’est beaucoup plus frais. » Et puis, laissant une seconde de silence elle continuait : « Tu n’as pas envie d’essayer ? Tu verras comme c’est confortable. »

Le garçon la regardait avec des yeux horrifiés, secouant violemment sa tête : « Non, non, je ne veux pas ! »  Muriel souriait et, le rassurant qu’elle ne forçait personne, les quittait.

Quand ils étaient seuls les garçons se regardaient gênés. Jaco demandait à son copain si c’était vrai qu’il préférait porter des robes. Alex, rougissant, hochait la tête : « Euh oui, c’est vrai que c’est plus frais en été, et plus confortable ». Et puis il faisait l’erreur d’ajouter qu’en plus c’était plus joli. Jaco le regardait d’un air sournois : « T’es un pédé ? » Alex réagissait surpris et offusqué : « Mais non, pas du tout !»

Jaco le regardait de manière dubative, puis soulevant le bord de son tablier, enchainait : « Et ceci, pourquoi elle nous fait porter ces tabliers ? »

De nouveau Ales ne savait pas répondre tout de suite, mais puis, haussant ces épaules, il expliquait que c’était une tradition de la maison. Cela ne satisfaisait pas Jaco qui commençait à enlever ce vêtement. Mais Muriel qui avait prévu cette réaction et les avait tenu à l’œil de loin, se rapprochait : « Qu’est-ce que tu fais jeune homme ? Ici la règle est que les enfants portent des tabliers. Si ça ne te plait pas je peux te rapporter chez toi ! »

Jaco, surpris d’être pris au flagrant délit, baissait ces yeux. Mais Muriel insistait : « Alors ce sera quoi ? Tu gardes le tablier ou je te ramène ? » Le garçon balbutiait qu’il gardait le tablier, et Muriel, souriant, le prenait par les épaules, le faisait se retourner et renouait les lanières dans sa taille.

A nouveau seuls les garçons étaient encore plus mal à l’aise. Alex ne savait pas quoi faire. Emmener son copain à la salle de jeux remplis de poupées et jeux de filles ne lui paraissait pas une bonne idée, en plus il entendait de loin les voix d’Emilie et des jumeaux, et n’avait pas envie de présenter son copain au groupe de filles. Il décidait de lui faire visiter le grand jardin. Rentrant dans la cabane à outils Jaco découvrait les tiges en bambou que Marcel employait pour redresser les plantes, et prenant un bambou en main jetait un second vers son copain, et se déclarait d’Artagnan.  Mais jouer aux mousquetaires en petits tabliers de filles n’était guère convaincant.

Heureusement qu’à ce moment ils entendaient Muriel appeler pour le gouter. Alex avait vu que Marcel avait préparée des tartes et suivi par son copain il courait vers la terrasse ou la table était mise.  Arrivant il se rendait tout de suite compte de la prochaine catastrophe : non seulement Muriel allai lui faire porter son bavoir habituel, mais il voyait qu’il y avait une deuxième bavette à table ! Résigné il se mettait à sa place et entendait comment Muriel demandait à Emilie d’aider Alex à mettre sa bavette pendant qu’elle s’occupait de son ami.

De nouveau Jaco n’en croyait pas ses yeux, et quand il retrouvait la parole il refusait de se faire mettre le bavoir. Patiemment Muriel expliquait que chez elle les garçons portaient une bavette pour manger, donc il avait de nouveau  le choix : mettre une bavette ou pas manger de tarte. Les tartes étant trop tentantes il se faisait nouer une bavette autour de son cou, et il regardait, ahuri, comment Emilie coupait le morceau de tarte d’Alex en petit morceaux pendant que Muriel faisait la même chose pour lui.

Après le gouter Muriel, ayant noté que les garçons ne savaient pas trop quoi faire, suggérait qu’ils aident Marcel dans le jardinage ce qu’ils acceptaient avec soulagement. Jaco était davantage  soulagé en apprenant qu’il pouvait enlever le tablier et en recevant une salopette courte en jeans à mettre. Il ne réagissait plus quand il voyait son copain mettre également une salopette courte, mais celle-ci rouge, avec les bords de pipes terminés avec une bande vichy rouge et blanc et avec un dessin de Disney sur la bavette.

Le reste de l’après-midi se passait sans autres incidents mais c’était la fin de leur amitié.  Au soulagement de Muriel Alex n’était plus jamais invité chez Jaco.

Pendant tout ce temps Alex maintenant des contacts avec son père par téléphone et messagerie électronique. Georges avait senti les hésitations au début mais très vite avait été rassuré que son fils était parfaitement heureuse chez son ex, à qui il était infiniment reconnaissant. Néanmoins père et fils se manquaient et donc quand Georges annonçait qu’il passerait quelques jours au pays et qu’il viendrait donc chercher son fils pour deux jours, celui était trop content.

Le jour D Muriel habillait Alex comme s’il allait à la messe avec un short bleu marin serrant, sous une chemise blanche, un pull avec un col en V, et des hauts bas blancs. Si Georges n’avait pas été tellement excité de revoir son fils il aurait probablement éclaté de rire de le voir dans son costume de premier communicant. Mais ils étaient trop contents de se retrouver pour s’occuper de tels détails. Georges prenant le sac de voyage que Muriel avait préparé, avait hâte de partir et de se retrouver seul avec son fils. Ils n’avaient que 24 heures ensemble, donc il n’y avait pas une minute à perdre.

Après une heure de route ils arrivaient à l’hôtel à la côte ou Georges avait réservé une chambre. Après s’être installé  Georges proposait de descendre pour aller faire un tour jusqu’à la plage. C’est seulement alors  qu’il se rendait compte comment son fils était habillé. Il ne disait rien mais suggérait de mettre des vêtements plus relax. Alex ouvrait son sac et en découvrant les vêtements que Muriel y avait mise mettait un mini short à 4 poches vert claire avec un T-shirt assortit avec un dessin de Disney princess.

Quand Georges voyait ce que son fils avait mis il n’en croyait pas ces yeux. Il prenait le sac et en le vidant découvrit rien que des polos à manches bouffantes, des débardeurs en couleurs pastels, des shorts à taille élastique sans zip,  …  Déconcerté il se tournait vers Alex : « C’est quoi tout ça? C’est ça qu’elle te fait porter ? Mais elle en train de faire un pédé de toi ! Le pauvre ! Je crois qu’il serait mieux que tu retournes au collège tu ne crois pas ? »

Alex était horrifié par cette suggestion, et de tout cœur s’écriait que non, qu’il était très bien chez Muriel. Georges, étonné par cette réaction forte et spontanée, le calmait : « Ok, ok, ne t’en fait pas ! Mais je parlerai à Muriel. Entre temps remets tes habits de ce matin et on va chercher un magasin ou on peut t’acheter des nouveaux vêtements, ok ? »

Une heure plus tard il était habillé d’un pantalon en jeans et d’un T-shirt à dessin de South Park. Georges rassuré de voir son fils habillé comme un garçon de son âge relaxait et ils passaient un excellent week-end ensemble.

Quand le dimanche soir il déposait son fils de nouveau chez son ex, il lui expliquait qu’il avait acheté un nombre de pantalons, et shirts, et qu’il voudrait que dorénavant son fils s’habille d’une manière plus adaptée. Muriel sans hésiter répondait que dans sa maison c’était elle qui décidait. George  ne c’était pas attendu à cette réaction et, s’énervant, disait que dans ce cas il préférait ramener son fils au pensionnat. Alex qui avait suivi la conversation prenait la main de Muriel, et se blottit contre elle avec des grands yeux anxieux, disant qu’il voulait rester.

Georges était bouche bée pour un moment. Puis faisant un grand soupir il se penchait vers son fils pour lui donner une bise et pour caresser ces cheveux : « Ok fiston, si c’est ça que tu veux ! »

C’était un tournant important. A partir de là tout le monde avait compris qu’Alex n’était pas juste de passage. Il n’y avait rien qui changeait d’une manière claire et nette, mais les différentes attitudes de chacun se précisaient.

Juliette, qui c’était toujours opposé à la présence de son demi-frère dans la maison, et l’avait largement ignoré – à part de temps en temps quelques remarques moqueuses -,  devenait plus agressif. Quand Muriel n’était pas présente elle le taquinait sans cesse mettant en évidence sa maladresse et sa supposée stupidité. Un de ces thèmes récurrents était de souligner que ce n’était pas parce qu’il portait une jupe qu’il devait croire qu’il était devenue une fille, que sa maladresse et son ignorance trahissaient son sexe. Emilie prenait alors sa défense, mais il est évident que la fille de 9 ans – elle venait d’avoir eu son anniversaire – ne faisait pas le poids pour sa sœur ainée de 15.  Et Alex lui-même ne réagissait jamais, faisant semblant de ne pas être concerné, sauf pour donner un sourire reconnaissant à Emilie quand Juliette ne regardait pas.

Ce qui n’arrangeait pas les choses c’est qu’en classe il prenait de plus en plus de retard. La principale cause était que Mlle. Irène était tout le temps en train de guetter des signes de fatigues, vu sa vision concernant le temps de concentration limité chez les garçons. Parce que, bien qu’elle l’appelle Alexia et qu’il s’habillait et se comportait comme une petite fille modèle, elle continuait à le traiter comme un garçon. Mais sans méchanceté, contrairement qu’au début.

Dès ses premières fautes elle le congédiait pour aller jouer, pendant que Juliette, Emilie, et souvent même les deux petites, continuaient à travailler. Et de plus en plus souvent après une heure de classe elle concluait qu’il avait assez étudié pour la journée, « que de toute façon il n’y avait plus rien qui allait rentrer dans sa tête de garçon ce jour » et elle l’envoyait chez Marcel pour l’aider aux besognes ménagères ou de jardinage. Alex ne protestait jamais. D’abord parce qu’il savait que protester ne changeait rien, et deuxièmement limiter le temps d’étude  ne le déplaisait pas.

Un jour Muriel, qui vérifiait régulièrement les progrès de tous les 5, s’étonnait du manque d’avancement d’Alex, et le grondait. Mais Mlle Irène venait à sa défense assurant qu’il faisait réellement de son mieux, ce qu’Emilie confirmait avec conviction.

Cette défense véhémente du garçon par sa fille faisait sourire Muriel. Emilie était devenue une vraie petite maman pour le garçon qui était presque 3 ans son ainé. C’était elle qui lui mettait et enlevait son bavoir, qui préparait ses tartines et coupait sa nourriture en petits bouts, qui chaque soir lui mettait sa couche, et qui le matin l’enlevait. Et qui de plus en plus souvent choisissait ses vêtements.

Muriel adorait observer Emilie s’occuper de son protégé, toujours avec son petit aire ironique surprenant pour une fille de son âge, mais toujours très gentille. Comment par exemple rentrant  à la cuisine pour le petit déjeuner elle mettait sa main en dessous de sa couche et observait tout haut : « Ben alors, t’as vraiment vrai un grand pipi ! Je vais devoir contrôler combien tu bois le soir si non on va avoir des fuites. »

C’était la fin de la classe et tout le monde rangeait ses affaires et se dirigeait à la cuisine pour le déjeuner. Muriel observait avec satisfaction comment le garçon se comportait comme une vraie fille, comment il ricanait avec Emilie et les jumeaux, marchait à petits pas, s’asseyait en serrant ces jambes. Il portait une petite robe d’été sans manches, sous son tablier blanc à bretelles aux volants et avec la bavette sur laquelle il avait brodé lui-même son nom, décoré par des petites fleurs. Elle trouvait que cela lui allait bien. Muriel souriait en voyant les petites chaussettes roses qu’il portait dans ses sandales.

Arrivé à table il s’installait et attendait patiemment qu’Emilie lui mette sa bavette et coupait sa bouffe. Il était parfaitement docile et serein. Il n’avait jamais vraiment révolté, mais au début il avait quand même souvent protesté pour le traitement qu’on l’imposait. Depuis un certain temps il ne réclamait plus jamais. Non seulement il avait accepté son statut de petit frère, en n’avait plus l’air de se rendre compte que s’habiller de robes et de jupes n’était pas normale pour un garçon, mais c’était évident qu’il aimait se traitement et ces vêtements douces et gaies. Muriel souriait satisfaite. Son plan fonctionnait à merveille. Il était temps de commencer la phase suivante.

La suite :
https://clairodon.wordpress.com/2013/01/09/la-revanche-4/

One comment on “La revanche 3

  1. wechtyteuf says:

    “Mais sans méchanceté, contrairement qu’au début ”
    Cette phrase ne veut pas dire grand chose, par contre, j’adore cette histoire, j’ai hâte que la phase suivante se produise.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s