Le double tabou 3

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Je faisais un grand sourire : « Me punir ? Et comment ? » Jérôme n’hésitait pas une seconde : « Te priver de télévision, de diner, d’ordinateur par exemple » Et Françoise enchainait : « Ou je te mettrai au coin, c’est encore toujours une punition efficace pour des petits enfants. Et si tout ça n’est pas suffisant il nous reste toujours une bonne fessée. »Je ne tenais plus et éclatait de rire et regardait les deux d’un air défiant : «Ah je vois.  Maintenant j’ai peur. »

 

Chapitre 3

Vaine espoir. Après la première fois ses copains n’étaient plus intéressées dans « la nana » et je voyais de moins en moins mon amour. Elle devait avoir trouvé d’autres sources d’argent parce que je ne pouvais même plus la tenter par l’oseille.

J’en déprimais mais pour me changer les idées je me jetais sur mon travail y passant de plus en plus de temps. Contre toute attente Philipe avait réussi à devenir le président de son parti et ce mettait à moderniser le parti et à préparer les élections nationales. Nous passâmes beaucoup d’heures ensemble et petit à petit notre complicité changeait de nature.

Je devenais sa maitresse. Mon caractère passionnel était à nouveau allumé et nous vivions des temps exhilarants. Mon histoire avec Farah était du passé et, honteuse, je l’effaçais de ma mémoire.

La relation entre Philippe et moi était un secret évidemment. Avoir une relation avec une femme mariée n’allait pas aider ces chances électorales et en plus Jérôme était devenu un des financiers du parti.

Mais en même temps mon rôle devenait plus public et je me sentais de plus en plus à l’aise à présider des diners de supporters financiers du parti et même à faire les intro dans les grandes manifestations. Les médias commençaient à me repérer et à faire mon portrait référant à moi comme « l’arme sécrète du président. » J’étais l’étoile montante de la politique nationale et je le savourais.

Mais inévitablement les rumeurs commençaient. D’abord dans les journaux à sensation mais puis également dans les autres médias, sous prétexte que le public avait le droit de savoir sur quoi était basé ma montée en pouvoir rapide.

Comprenant qu’il était inévitable d’annoncer notre relation Philippe et moi discutaient du meilleur moment et de la meilleure manière. Mais nous étions bousculés par une lettre de Manu avec la menace qu’il pouvait informer la presse de bien autre chose qu’une simple affaire extra-matrimonial. Tout en minimalisant le genre de révélations que Manu pourrait faire je persuadais Philippe à aller de l’avant et nous déclarions notre amour à la presse.

La suite était que Jérôme, qui avait toléré ma relation avec mon patron aussi longtemps qu’on pouvait la nier, exigeait maintenant que je le terminais immédiatement. Bien sûre je refusais et annonçais que je voulais le divorce. Jérôme était devenu glacial : « Si tu fais ça tu ne verras plus jamais tes enfants. Crois-moi J’ai de quoi pour te faire déclarer inapte à éduquer des enfants, et je n’hésiterai pas à l’employer. » Après une première réaction de peur je me calmais et me convainquais que Jérôme ne ferait rien d’aussi radicale. Bien que touché dans son amour-propre c’était un homme raisonnable. Et m’écarter de mes enfants n’était pas dans leur intérêt.

Je racontais évidemment à Philippe la conversation acerbe que j’avais eu avec Jérôme. Mais trop occupé par les élections qui s’approchaient il ne réagissait pas vraiment. Pendant quelques jours je me sentais très seul et je déprimais.

Mais puis Jérôme annonçait qu’il partait pour une semaine en Chine pour des réunions avec des clients potentiels et pour visiter une foire. Tout de suite je voyais que cela allait me procurer une occasion pour faire bouger les choses dans la bonne direction.

Je décidais que pendant l’absence de mon mari je partirais avec les enfants dans la maison de vacances de Philippe. Philippe se joindrait à nous et on passerait quelques jours en « famille ». Ainsi les enfants et Philippe pourraient mieux se connaitre et, surtout, cela me donnerait l’opportunité de prendre des photos qui dans la future bataille de la garde des enfants, donneraient au tribunal une bonne impression de l’environnement parfait ou les enfants vivraient après le divorce si j’avais la garde.

Le jour du départ de Jérôme, un samedi, Françoise le conduisait à l’aéroport pendant que Salvador, Antigone et Emmanuelle étaient à leurs activités réciproques et moi je restais chez Renée. Nous avions convenu que Françoise irait chercher Salvador et Emmanuelle en rentrant de l’aéroport et que moi je m’occuperais à chercher mon ainée.

Tout de suite après le départ de Jérôme et Françoise j’annonçais à la petite que nous aussi nous partions en voyage et je me mettais à faire en toute hâte les valises pour toute la famille. Une demi-heure plus tard j’étais en route, cherchant d’abord Emmanuelle (expliquant qu’il y avait eu un changement de programme) et puis Antigone. Quand j’annonçais qu’on partait pour quelques jours à la mer à nous 4 mes deux ainées réagissaient d’une manière enthousiaste. Le fait qu’on partait sans Françoise et Salvador les plaisait clairement ce qui me réconfortait dans ma conviction que partir ainsi avait été une bonne idée.

Quand, en réponse à la question d’Antigone ou on allait loger, j’annonçais que nous allions loger dans la villa de mon patron, qui allait se joindre à nous, elles étaient légèrement déçues. Mais quand j’expliquais que Philipe ne resterait pas tout le temps et que c’était une villa de grand luxe avec piscine couverte, la déception passait tout de suite.

En route je m’arrêtais et après avoir vérifié que l’avion de Jérôme avait décollé à temps, j’envoyais un SMS à Françoise pour la prévenir que j’étais parti avec les filles pour quelques jours sans expliquer ou j’allais. Et puis j’éteignais mon téléphone.

Philippe allait nous rejoindre seulement le lendemain et avant d’arriver à la villa on s’arrêtait à un supermarché ou, pour fêter notre escapade à 4, je laissais choisir les enfants ce qu’on allait manger. Avec beaucoup d’enthousiasme la voiture était chargée de pizzas, chips, biscuits et de la crème glace.

Les enfants adoraient la maison et avec toute la petite bande de bonne humeur nous passâmes une soirée joyeuse. Quand après avoir mangé il était temps pour Renée pour aller au lit elle protestait évidemment et je suggérais que pour l’amadouer tout le monde se prépare déjà pour la nuit. Pendant que je changeais la petite les deux autres constataient que j’avais oublié leurs pyjamas. Mais quand elles voulaient garder leurs vêtements Renée protestait. Donc après une petite hésitation il était décidé qu’elles allaient passer le reste de la soirée en chemisette et culotte.

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Et, riant, elles insistaient que je fasse la même chose. Vu la bonne entente et la complicité avec mes filles, j’acceptais. Otant mes vêtements et sous-vêtements, j’enfilais une camisole et une petite culotte d’Antigone, au grand plaisir de tous.

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Une fois Renée au lit je jouais quelques jeux de sociétés avec les deux autres, et puis nous nous mettions au lit. Moi je dormais tout seul dans la chambre de maitre dans un lit immense et Emmanuelle et Antigone partageaient une chambre avec des lits jumeaux. Quand mes filles voyaient mon lit elles se mettaient à rire en remarquant que j’allais me perdre tout seul dans mon lit. Regardant le lit trop grand, j’avais une inspiration du moment, et en rigolant je demandais si elles voulaient dormir avec moi à 3 dans le même lit. Proposition qui fut acceptée avec des grands rires.

Après quelques minutes agitées ou chacune cherchait sa place dans l’immense lit, le calme venait et nous dormions comme des anges, jusqu’au matin quand Renée nous réveillait par ces grands cris. Nous prenions le petit déjeuner toujours habillées de nos chemisettes et culottes. Après avoir mangé tout le monde faisait sa toilette et s’habillait et on attendait l’arrivée de Philippe en lisant.

Ce n’était pas la première fois que les files rencontraient Philippe mais c’était la première fois qu’ils allaient être ensemble plus que quelques minutes. Philippe était célibataire mais il avait des neveux et des nièces qu’il voyait souvent. Et dès son arrivée on voyait qu’il avait l’habitude des enfants. La journée fut un grand succès : Grande promenade à a plage, (avec Renée pour une grande partie sur les épaules de Philippe), piquenique, retour en tram, jeux dans la piscine, restaurant. Tout dans la meilleure entente et atmosphère.

Tout le monde regrettait que Philippe ne reste pas dormir avec nous. Bien que nous avions également envie de dormir ensemble dans le même lit à nouveau.

Ayant pris de nombreuses photos de la journée avec Philippe le premier pas dans mon plan avait été un succès.

Les 2 jours suivants se passaient d’une manière semblable, mais alors à nous 4. Leur père ne semblait pas les manquer aux filles. Au contraire, j’avais l’impression que le fait d’être là sans Jérôme – et sans Françoise et Salvador – les plaisait. Mais quand je prenais mon courage en deux mains et leur parlais de la possibilité d’une séparation elles paniquaient. Pour les rassurer je leur disais qu’elles pourraient visiter leur père autant qu’elles voudraient, et que pour le reste on vivrait ensemble avec Philippe.

Au lieu de les rassurer cela les troublait encore plus. Surtout Antigone, qui me demandait sur un ton sarcastique si maintenant j’avais l’intention de devenir une vraie mère. Cela me donnait un choque et je restais muette. Voyant mon désarroi elle continuait : « Et Farah viendra vivre avec nous sans doute ? »

Je me rendais compte que j’avais avancé trop vite et essayant de rester souriante, je disais que de toute façon on aurait encore amplement le temps d’en discuter avant que des décisions ne soient prises. Mais à partir de ce moment l’ambiance n’était plus la même. Et cette nuit Antigone dormait dans sa chambre, me laissant seul avec Emmanuelle dans le grand lit.

En plus le lendemain il pleuvait. Nous prenions le petit déj en sous-vêtements comme les jours précédents, mais après avoir mangé personne n’était pressé pour s’habiller. Antigone se mettait à lire pendant que Emmanuelle, Renée et moi jouaient, d’abord aux poupées et puis des jeux de découpage et bricolage.

Vers midi on sonnait à la porte. Antigone était la seul qui c’était habillée entre temps et c’était donc elle qui allait ouvrir. Quelques secondes plus tard deux policiers faisaient irruption au living demandant mon identité. Complètement dépassée par ce qui arrivait je leur disais qui j’étais en demandant ce qui se passait. C’est alors que j’apprenais que nous étions portées disparues depuis dimanche, et que mon mari m’accusait d’avoir enlevé nos enfants.

Ahuri j’expliquais aux policiers que c’était absurde. Que je passais quelques jours de vacances avec mes enfants pendant que mon mari était absent pour affaires. Devoir expliquer la situation habillée rien que d’une camisole d’enfant et une petite culotte était fort gênant.

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Les policiers, eux aussi embêtés par la situation, disaient que tout cela était probablement un malentendu, mais puisqu’ils avaient ordre de ramener les enfants à leur poste s’ils les trouvaient, la meilleure chose à faire était que tout le monde s‘habillait et se rendait au poste.

Une heure plus tard nous étions au poste de police ou à mon étonnement j’étais séparé de mes enfants et qu’on me soumettait à un interrogatoire. Puisque l’officier qui était chargée de l’interrogatoire semblait être d’accord avec moi que tout cela était assez absurde cela ne prenait pas beaucoup de temps. Quand je sortais de son bureau je retrouvais Antigone toute seule dans la salle d’attente. Encore sous le choc, elle m’expliquait qu’elle aussi avait été questionnée dans la présence d’une psychologue et que maintenant c’était le tour à Emmanuelle, pendant qu’une autre psy s’occupait de Renée. Tout ça me rendait furieuse mais réalisant que je n’allais rien arranger en me mettant en colère je m’asseyais à côté de ma fille. En souriant je lui disais que tout ça n’était pas très grave et que dans quelques jours nous allions rire de cette situation trop absurde. Mais quand je voulais mettre mon bras autour de ces épaules pour la consoler elle se détournait en hissant sur un ton fâché que tout cela fût de ma faute.

De nouveau je devais me retenir pour ne pas m’énerver mais je n’insistais pas et nous attendions en silence. 10 minutes plus tard Renée rentrait dans la salle d’attente à la main d’une jeune femme. Quand elle me voyait elle se précipitait vers moi et se jetait dans mes bras. Et encore quelques minutes plus tard c’était le tour d’Emmanuelle pour rentrer. Elle aussi avait l’air d’être soulagée quand elle me voyait. Probablement que je me l’imaginais mais je trouvais que la femme qui l’accompagnait me jetait un regard désapprobateur avant de dire au revoir à ma fille.

Nous rentrions à la villa pour faire nos valises et pour rentrer à la maison. Personne ne m’avait expliqué comment ils étaient arrivés à nous chercher dans la villa de Philippe. Donc avant d’entamer le voyage de retour j’appelais mon amant mais il ne décrochait pas.

A la maison j’étais attendue par un Jérôme furax, qui était rentré de Chine plus tôt que prévus. Je trouvais que c’était plutôt moi qui avais des bonnes raisons pour être fâchée et nous avions une fameuse engeulade. Le résultat était que je m’installais dans l’appart au-dessus du garage pendant que Françoise occupait la chambre des invités, la chambre de Farah, et qu’on installait une chambre pour Salvador au second étage de la maison.

Après beaucoup de tentatives j’arrivais finalement à avoir Philippe en ligne. Il s’excusait mais comme je devais le savoir il était très occupé, il regrettait tellement ce qui c’était passé, il avait tellement pitié de moi, … , et …. il croyait que c’était mieux qu’on ne se voie plus pour un petit temps, je pouvais rester à la maison en congé sans solde, …..

Mon monde s’écroulait. Tout d’un coup je voyais clair et je comprenais que Philippe m’avait trahi. Je comprenais même les raisons. Je voyais comment Jérôme l’avait menacé de retirer son soutien financier. Bien que Jérôme ne fût pas sa source de financement principal son soutien était très connu. Si Jérôme se retirait publiquement cela pouvait être le début d’une avalanche. Surtout si la presse allait chercher la raison de son retrait et tomberait sur notre escapade dans la maison de Philippe. Bien que voyant tout cela clairement je ne comprenais pas que Philippe n’avait pas plus de courage. Je rétorquais donc qu’avec quelques téléphones à des journalistes amis, l’affaire serait vite expliquée comme la vengeance mesquine d’un mari jaloux. S’il m’aimait un tout petit peu et s’il avait un peu de couilles il ne devait pas se laisser intimider par mon mari, petit industriel de merde. Philippe se taisait pendant quelques secondes, et puis me répondait sur un ton désespérée et irritée : « Tu ne comprends vraiment pas ? Alors t’as complètement perdu la raison. T’es accusée d’enlèvement d’enfants ma chère, et puisque j’ai passé une journée avec vous, je suis complice. S’il y a poursuite tu passes en prison et ma carrière et finie. »

Mon tour de me taire. Et avant que je ne réagisse il me disait au revoir en ajoutant un « bon courage » et raccrochait. Je savais que c’était la dernière fois que je l’avais entendu.

Les jours suivants je m’enfermais dans mon appartement mais, alarmée par ce que Philipe m’avait dit, j’appelais Julien, un ami avocat, qui venait me visiter. Julien m’expliquait que puisque j’étais la mère et, qu’ensemble avec Jérôme, j’avais la garde de mes enfants, il n’y avait pas d’enlèvement. Au moins aussi longtemps que ce n’était pas prouvé que je n’aie eu l’intention de partir avec les enfants, preuve impossible. Donc si Philipe ne se portait pas partie civil – éventuellement aux noms des enfants – le parquet n’allait pas me poursuivre, et même si Philippe se portait partie civile l’affaire n’irait nulle part. Par contre s’il y avait divorce Philippe pourrait essayer d’employer mon escapade pour réclamer la garde des enfants en indiquant que j’agissais impulsivement sans tenir compte des intérêts de mes enfants.

Je passais la plus grande partie du temps seul, réfléchissant sur tout ce qui m’était arrivé. J’acceptais la responsabilité pour presque tout, mais en même temps je blâmais les hommes. Si Jérôme avait continué à m’aimer au lieu d’avoir des affaires, jusqu’à me tromper avec ma meilleure copine dans ma propre maison, je ne serais probablement pas tombé tellement amoureuse de Farah.

Et pour Philipe je m’indignais. Comment c’était possible d’être tellement lâche. Je n’avais plus aucun respect pour lui. Pour ne pas parler de Manu, le pauvre minable.

Farah n’était pas innocente non plus. Elle m’avait séduite, mentie et traitée de façon horrible, mais je ne lui reprochais rien. J’aurais dû l’arrêter mais je ne l’avais pas fait.

Je prenais émotionnellement distance de tous ces personnes, et en faisant ça finalement je reprenais contrôle de ma vie. Ma seule souffrance venait maintenant de mes enfants.

De temps en temps je rentrais dans la maison. La petite Renée était contente de me voir et attachante comme toujours mais mes deux filles ainées me fuyaient. Elles étaient manifestement fort perturbées par ce qui était arrivé et étaient fâchées avec moi. La petite remarque qu’Antigone avait faite – que Farah viendrait surement vivre avec nous après la séparation – me poursuivait. Je comprenais que si je voulais rétablir la relation avec mes filles, surtout avec Antigone, je devrais pouvoir lui expliquer ma relation avec la belle amazone. Et pour pouvoir faire ça je devais pouvoir lui dire en toute honnête que tout était fini entre nous.

J’invitais donc Farah à venir me visiter pour terminer notre relation d’une manière formelle, et pour m’excuser auprès d’elle. A ma surprise elle acceptait sans hésitation. Je la recevais dans mon bureau ou nous avions passées tant de moments d’amour et de passion. Quand elle rentrait j’étais de nouveau frappé par sa beauté exceptionnelle. Elle n’était plus habillée de sa façon « punk » mais portait une jolie petite jupe avec des bottes sous un pull moulant. Je comprenais qu’elle c’était habillé ainsi pour moi, et j’appréciais ce geste. Elle mettait tendrement ces bras autour de mon cou mais quand elle voulait m’embrasser sur la bouche je me détournais.

Nous nous mettions sur le canapé et je prenais ces mains dans les miennes et faisais le petit discours que j’avais préparée, m’excusant pour ce qui c’était passé, et terminant en disant qu’il était mieux qu’on ne se voie plus. A mon grand étonnement elle se mettait à pleurer à grand sanglots, criant qu’elle m’aimait, que je ne pouvais pas l’abandonner, qu’elle ne voulait plus vivre si elle ne pouvait plus me voir. J’étais accablé par sa réaction mais je tenais bon.

Finalement elle se calmait et je lui proposais un compromis : on n’allait pas se contacter pendant un certain temps et puis on déciderait de la suite. Voyant que je n’allais pas céder elle acceptait et on se quittait avec un sage petit baiser tendre, ce qui me rendait heureuse.

Après sa visite je me sentais mieux. Finalement j’étais en paix avec moi-même. Je décidais de reprendre contact avec l’ONG pout lequel j’avais travaillé comme bénévole pour voir si je pouvais reprendre mon boulot chez eux. Je voulais en sorte reprendre le fil de ma vie d’il y a 5 ans, avant que je n’avais commencé le travail d’aide-enseignante à l’école, avant d’avoir connu Farah, avant d’avoir travaillé pour Philippe.

Je voulais que mes enfants redeviennent le centre de ma vie. Et pour ma relation avec Jérôme je verrais bien comment les choses évoluaient. Maintenant que ma relation avec Philipe était terminée il n’y avait plus de raison immédiate pour divorcer. D’abord je devais récupérer la relation avec mes filles, spécialement avec Antigone.

Mais hélas, je n’avais pas le temps de mettre en œuvre mes résolutions. Un matin, quelques jours après la visite de Farah, pendant que Françoise était partie emmener les enfants à l’école, et j’étais donc seul à la maison, on sonnait à la porte. C’étaient de nouveau deux policiers, et ils demandaient pour moi. Quand je m’étais identifié ils me présentaient une convocation d’un juge d’instruction. Une fois de plus mon univers s’écroulait. C’était à quoi je m’attendais depuis longtemps : j’étais accusée de débauche de mineur ! Les policiers m’expliquaient que je pouvais venir volontairement, mais si je refusais ils avaient un mandat d’arrêt, et que de toute façon j’avais droit à me faire assister par un avocat. J’appelais donc Julien qui me conseillait de me rendre volontairement chez le juge d’instruction mais de l’attendre avant de ne faire aucune déclaration.

L’entretien avec le juge d’instruction était très court. Il me demandait si je connaissais Farah Amoudala, ce que je confirmais. A la question d’où je la connaissais je répondais que je la connaissais de l’école ou je lui donnais des cours particuliers. Le juge déclarait alors que j’étais accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec elle ce que j’admettais également. Quand le juge insistait sur le caractère de ses relations, plus spécifiquement s’il y avait eu pénétration, je lui avouais que nous nous plaisaient mutuellement avec un gode. Pendant tout ce temps j’étais comme dans un rêve, et quand il me demandait depuis quand nous avions eu des relations sexuelles de ce genre, j’avais répondu que je ne m’en souvenais pas. Le juge me regardait d’un air très sévère avant de continuer : Puisque vous venez de nous expliquer d’où vous connaissez cette fille vous savez évidemment qu’elle est mineure d’âge. Une fois de plus j’admettais.

Le juge fermait le dossier devant lui et regardait mon avocat : Maitre, comme vous comprenez votre cliente sera poursuivie au moins pour atteinte à la pudeur de mineur, peut-être pour des faits plus graves, cela dépendra de la suite de l’enquête. Entre temps je ne peux pas prendre le risque qu’elle ait contact avec des mineurs d’âge. Même pas ces propres enfants. Donc je vais devoir la mettre en détention préventive sauf si vous avez un alternatif à proposer. Julien me regardait mais, voyant tout de suite que je n’étais qu’à moitié consciente de ce qui se passait autour de moi, il demandait s’il pouvait avoir un mot avec moi ce que le juge acceptait tout en précisant qu’il n’avait pas beaucoup de temps.

Quand Lucien me demandait si j’avais un ami ou une amie chez qui je pouvais loger pendant le temps de l’instruction je ne pouvais penser à personne d’autre que Manu. Quelques minutes plus tard le juge avait accepté que j’aille vivre chez Manu si je ce dernier veillerait à que je n’aurai pas de contact avec des mineurs. J’appelais donc Manu qui en apprenant ce qui se passait ne pouvait se retenir de de dire qu’il m’avait prévenu mais qu’il acceptait de me prendre chez lui.

Après avoir signé une déclaration que je n’aurais pas de contact avec des mineurs d’âge, y compris mes enfants, Lucien me conduisait chez Manu. Avant de me laisser Lucien insistait sur le fait que je ne pouvais pas voir des mineurs et, regardant à Manu, ajoutait : « Je compte sur vous aussi. » Une fois seule avec Manu j’avais droit à un de ses sermons hypocrites dans lequel il me répétait qu’il m’avait mis en garde, qu’il aurait dû être plus strict avec moi etc. D’abord je le laissais parler mais il me gonflait tellement que je me mettais debout et, lui coupant la parole, je me mettais à défaire la ceinture de son pantalon : « Pauvre petit con, heureusement que tu m’as parce qu‘avec ton petit jouet minable tu ne pourrais avoir aucune autre femme. ». Il me repoussait et en riant méchamment m’ordonnait d’aller me changer : « Haha la pute et de retour. C’est plus fort que toi non ? Va te mettre en tenue alors, sinon je pourrais me tromper et croire que j’ai une amie en visite. »

Haussant mes épaules je partais à la chambre pour me changer. Quand je revenais au living portant un soutien-gorge rouge à dentelles, avec une porte jarretelle accordée et des bas noirs, il ne tenait presque pas en place. Il était assis, avec son pantalon ouvert, et il m’ordonnait de me mettre à genoux devant lui pour le sucer. Ce que je faisais sans broncher.

Une fois satisfait – comme d’habitude cela ne pris pas beaucoup de temps – il partait vers l’arrière de la maison pendant que j’allais me brosser les dents. Quand il revenait il portait une grosse chaine avec lui : « Je vais devoir t’enchainer pour te protéger de toi même. Si je ne le fais pas je suis sûre que tu partiras chercher la pauvre gosse, non ? T’es tellement nymphomane que tu ne peux pas te maitriser. Avoue-le. »

Je le regardais, d’abord incongrue, puis trop las pour protester, je répondais avec un petit sourire moqueur : « Je suis sûre que même dans tes rêves les plus audaces t’as pas osé imaginer ceci. Je suis complétement soumise à toi, mon héros vertueux. »

Je regardais comment il attachait un bout de la chaine autour de ma cheville et l’autre bout à un chauffage.

Bien que je continuais à feignez que le fait d’être tenue à la chaine ne me perturbait pas les jours qui suivaient étaient horribles. Chaque fois que Manu partait travailler, et chaque nuit, il m’attachait. La chaine me permettait seulement de faire quelques pas. Le matin quand il partait je m’installais dans un canapé avec un peu de nourriture et de quoi boire pour passer la journée, principalement en lisant en en regardant la télévision qui était allumée en permanence.

Quand il rentrait de l’école il me détachait et je me dépêchais à la toilette pour me soulager. Et puis je me mettais à faite le ménage pendant qu’il regardait la télévision. J’étais « en tenue » du matin au soir : rien que des sous-vêtements, des mini-jupes avec des bottes à haut talons, des petits shorts. … Manu était excité en permanence et chaque fois que je venais dans son voisinage il me prenait pour me peloter et quelques fois par jour il me pénétrait – par devant ou par derrière – ou je devais lui donner une fellation.

Un matin il n’arrivait à bander à sa grande frustration. Il insistait que je continuais à caresser et à lécher son membre. Finalement il avait une petite éjaculation dans ma main. Jurant que dû à mon incompétence il était en retard, il m’attachait à ma chaine sans que je puisse aller à la toilette.

Ce jour-là je portais un petit short blanc à taille haute, se fermant avec un zip du côté, sous un petit top moulant, tenue complétée par des hautes bottes à talon.

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L’après-midi le besoin de me soulager devenait pressant, et c’était avec beaucoup de peine que je tenais jusqu’à la rentrée de Manu. Il comprenait tout de suite la situation et cela l’amusait évidemment, à tel point qu’il refusait de me détacher. Hurlant de rage je me mettais debout et voulais enlever le short pour faire pipi devant lui en plein milieu du salon, mais il me retenait. Tournant mon bras derrière mon dos il me forçait à me mettre à genoux et à faire pipi dans mon short. Puis il m’ordonnait à enlever mon top, à sécher le sol et mes jambes avec ce vêtement, et à le remettre.

Les jours suivants il exigeait que je porte les mêmes vêtements puant l’urine avec le petit short marqué d’une grande auréole jaune.

C’est ainsi que j’étais habillée quand Julien venait m’informer du suivi de l’enquête judicaire. Je voyais sa surprise et son dégout mais je lui faisais signe de se taire. Il n’insistait pas mais s’adressant à Manu il demandait s’il pouvait nous laisser seul. Celui-ci, trop curieux de savoir comment les choses se présentaient, était visiblement déçu. Sur un ton agacé il répondait qu’il était chez lui et que si nous voulions parler sans lui nous n’avions qu’à chercher un autre endroit.

Julien, surpris par cette réponse, le lançait un regard furieux, mais se maitrisant, il annonçait qu’on irait dans un café un peu plus loin. S’adressant à moi il me demandait d’aller me changer. De nouveau Manu intervenait sur le même ton irrité, disant qu’il n’avait pas toute la journée. Je mettais ma main sur le bras de Julien et, haussant mes épaules, je lui disais que c’était bien, que j’irais habillée comme j’étais, et sans attendre des réactions je partais, entrainant Julien par la main.

Une fois dehors Julien, visiblement concerné, me demandait pourquoi j’étais habillé ainsi. De nouveau j’haussais mes épaules : « Laisse tomber, ce n’est pas important. M’humilier le fait bander c’est tout. ». Après avoir porté des vêtements imprégnés d’urine pendant 3 jours je m’étais habitué à l’odeur mais en voyant la façon que Julien détournait sa tête à plusieurs reprises je me rendais compte que je puais le pipi et que je le dégoutais. Tout d’un coup je me sentais las et horriblement embarrassé et timide. J’étais sur le point de m’effondrer. Avec les larmes aux yeux je faillis m’encourir pour aller me réfugier dans la sécurité des grippes de mon bourreau. Mais je me maitrisais et suggérant de passer aux choses importantes je demandais comment se présentait mon dossier. Quand Julien répondait qu’il préférait attendre qu’on soit installé aux café je comprenais qu’il n’avait pas de bonnes nouvelles à annoncer.

Nous continuâmes en silence jusqu’à notre destination. En rentrant au café j’avais droit à des regards étonnés et des échanges de sourires complices entre les quelques clients au bar, mais feignant de ne rien voir nous nous refugions dans un coin sombre dans le fond de la salle.

C’est là que Julien m’expliquait à quel point mon dossier se présentait mal.

Tout d’abord il y avait le témoignage de Farah. Ce qui dès le début avait été une belle histoire d’amour, de tendresse et de complicité, était complètement déformé en quelque chose de sordide et tordue.

Elle avait déclaré qu’au début je l’avais intimidé. Que quand je la caressais elle n’avait pas osé protester et que la première fois que je l’avais déshabillé elle avait pleuré. Elle admettait que plus tard quand nous étions devenus des amoureuses et quand je lui avais appris les plaisirs charnels elle avait aimé. Mais elle déclarait que cela n’avait pas duré longtemps et qu’elle m’avait supplié de ne plus devoir faire ces “choses sales” , mais que je l’avais forcée en menaçant de la faire évincer de l’école. Je ne comprenais plus rien.

Mais ce n’était pas fini. Julien, sur un ton de plus en plus réprobateur, passait à la partie ou elle racontait de nos jeux de couches. Mes propres souvenirs étaient d’autres moments de tendresses et de complicités, bien qu’érotiques, mais dans sa déclaration Farah donnait l’impression que les couches avaient étés une initiative à moi par désir de domination afin de l’humilier et de la rendre encore plus dépendante de moi. Elle ne disait pas que c’était elle-même qui avait prétendue être énurétique. Et l’été magnifique ou elle c’était laissé complètement infantaliser devenait dans son témoignage une orgie d’humiliation permanente. Je soupirais. Malgré le fait que tout son témoignage en gros était un mensonge je savais que je l’avais humilié. Je me sentais honteuse pour la première fois.

Julien me regardait un moment en silence puis il continuait : « Le pire doit encore venir. Dans le dossier se trouve une photo érotique de vous deux avec un texte au verso. »

Surprise je le regardais sans pouvoir supprimer un grand sourire. La mémoire du jour que cette « selfie » de nous deux, toutes nues, dans des positions amoureuses, était prise me réchauffe encore le cœur. Pendant des mois j’avais porté cette photo sur moi. Au verso elle avait écrit un poème merveilleux. Un peu naïve et enfantin mais tendre et érotique en même temps. A force de le lire et relire des centaines de fois je le connais toujours par cœur :

Ma grande sœur, ma mère, ma maitresse,

Je pense à toi sans cesse

Je suis ta petite princesse

Qui veux tes caresses

Avant j’étais une petite fille peureuse

Maintenant je suis heureuse

Tes doigts en moi

me portent au ciel

mon doigt en toi

goute ton miel

 

A genoux entre tes jambes

je lèche ta chatte

avec mon entrejambe

toute moite

 

Comme une gentille chienne

J’ouvres mes jambes pour qu’avec le joujou tu viennes

Loin en moi

Reste en moi

Tu m’emmènes au sommet

Ne me quitte pas, jamais

 

Je suis ton bébé, ton poussin, ton louveteau,

Emmène-moi dans ton joli château

Pour vivre avec toi

Moi en toi

Toi en moi

 

Mon amour

Je t’adore pour toujours

 

Quand je m’étais rendue compte que j’avais perdu la photo j’avais paniqué mais quand après plusieurs mois il n’y avait pas eu de suites je m’étais calmée, persuadée que la photo se trouvait quelque part parmi mes papiers.

Réaliser que d’autres l’avaient lu me faisait rougir mais en même temps je croyais que cela pouvait m’aider. Le poème démontrait que je ne m’étais pas imposée par force à Farah, et que grâce à moi elle s’était épanoui, « avant elle était une petite fille peureuse, maintenant elle était heureuse ». Mais Julien, toujours sur son ton critique, me corrigeait : « Je crains que le juge aura une lecture différente. Tu es sa maitresse, sa grande sœur, même sa mère, et elle est ton bébé, ton poussin, ta chienne, qui s’agenouille pour te lécher. Le juge y verra clairement une relation soumise d’un enfant vulnérable manipulé par une adulte perverse. »

C’était horrible. Je comprenais évidement ce qu’il voulait dire. Mais comment faire comprendre que notre relation n’avait pas été comme ça. Je voulais me défendre, je voulais dire que je l’avais léchée autant qu’elle m’avait léchée, mais Julien m’interrompait.

Il m’expliquait que la photo avait encore une autre conséquence, encore plus désastreuse. Puisque Farah avait daté son poème la photo indiquait qu’il y avait eu pénétration avant son 14ième anniversaire. La loi stipulant qu’avant l’âge de 14 ans c’était impossible de donner son consentement pour des relations sexuelles et donc il y avait eu indéniablement viol !

Le mot « viol » était comme une gifle dans ma figure. Je virais debout en poussant un cri d’horreur, ce qui faisait tourner les têtes des quelques clients au bar dans notre direction. Me rappelant que je portais un petit short de pute, avec une grande auréole d’urine, je me rasseyais immédiatement et, regardant Julien je continuais à voix basse : « Et si elle avait antidaté son poème ? » Julien me donnait un autre regard réprobateur : « Et pourquoi elle aurait fait ça ? ». Je me sentais tout d’un coup terriblement las et fatiguée : « Pour me faire chanter. » Julien me regardait incrédule : « Et tu crois qu’un juge croirait une histoire pareille ? » J’haussais mes épaules et soupirais : « Non, mais peut-être qu’il devrait. » Puis changeant de ton je demandais ce qui allait être la suite.

Julien, soulagé par ce changement de ton, me regardait dans les yeux, et, prenant une figure compatissante me répondait en soupirant : « Rien de bien je crains. Tu vas être condamnée pour viol selon l’article 375 du code pénal : « Est réputé viol à l’aide de violences tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur la personne d’un enfant qui n’a pas atteint l’âge de quatorze ans accomplis. Dans ce cas, la peine sera la réclusion de quinze à vingt ans. »

Je croyais m’évanouir : 15 à 20 ans ! Je mettais ma figure dans mes mains et l’horreur de la situation devenait de plus en plus claire : « Je pourrai voir mes enfants ? Ils pourront me visiter ? »

Julien soupirait de nouveau : « Dans le dossier il y a aussi le procès-verbal de ton escapade à la mer avec tes enfants. Y compris la déclaration de ta fille de 9 ans que tu y partageais ton lit avec elle, et la déclaration des policiers qu’ils vous ont trouvés tous presque nues en plein jour. Dans le contexte global il y a une bonne chance que tu seras déchue de tes droits parentaux. »

De nouveau je poussais un cri : « Ooh non ! Ce n’était pas comme ça. Quelle horreur. Je n’en peux plus. Je peux aussi bien me suicider. » Les larmes coulaient par mes joues et je sanglotais doucement.

Lucien prenait ma main et quand je m’étais un peu calmée il reprenait la parole sur un ton grave : «Il y a peut-être un moyen pour éviter tout ça. C’est une idée que l’avocat de ton mari m’a présentée, mais comme ton avocat je dois te la déconseiller vivement. C’est une proposition ignoble. »

Je répondais que j’étais prêt à tout pour éviter de passer le restant de ma vie en prison et de ne plus jamais revoir mes enfants. Julien hochait la tête pour dire qu’il comprenait mais continuait : « Laisse-moi d’abord t’expliquer l’idée et puis j’essaierai de te convaincre de ne pas l’accepter. »

C’est ainsi que j’apprenais que mon mari proposait de me faire déclarer « mineur prolongée ». En bref cela revenait à que les charges contre moi seraient classées sans suite, que je rentrerais à la maison mais que je serais considérée comme mineur, sous la tutelle de mon mari.

Evidemment ce n’était pas aussi simple que ça. C’était un non-sens médicale et à première vue juridiquement impossible. La minorité prolongée est réservé aux handicapés mentaux sévères, handicap déclaré à la naissance ou un peu plus tard. Avec mon diplôme universitaire, mes emplois divers et ma vie sociale normale, je ne qualifiais pas vraiment.

Mais Julien m’expliquait que mon mari et son conseiller avaient l’air d’avoir bien réfléchis. La procédure est très simple, il n’y a pas de vrai examen, seulement un rapport médical et des témoignages, entre autre par la personne concernée. Si tout le monde collaborait cela marcherait selon eux.

Je réfléchissais. En toute évidence il y aurait des faux-témoignages et le procureur, qui verrait son affaire de pédophilie torpillée de cette façon, pourrait quand-même faire condamner tout le monde pour parjure, faire annuler ma minorité prolongée et me poursuivre quand même pour viol sur mineure ?

Julien hochait la tête : « Oui, bien sûre. » Il posait une seconde et puis continuait mais sur un ton hésitant comme s’il avait peur de ma réaction : « Sauf que Farah retirerait sa déclaration. Elle dira qu’elle a tout inventé. » Je le regardais incrédule, mais il continuait : « Tout le dossier du procureur repose sur le témoignage de Farah et son poème. Si elle rétracte il n’y a plus rien. Peu probable que le procureur essaierait de faire revoir ta minorité prolongée puisqu’alors tu échapperais à toute peine et tu serais complètement libre. »

Pour la première fois depuis que j’avais été convoqué par le juge d’instruction j’avais un peu d’espoir. Est-ce que cela pouvait être tellement simple ? Mais à ce moment je pensais à la photo. Comment était-elle arrivée à la justice ? Julien expliquait qu’elle était arrivée chez le procureur par courrier accompagné d’une lettre anonyme.

« Qu’est-ce qu’elle disait ? »

« Elle était toute courte. Donnant ton identité et celle de Farah en précisant que la dernière était mineur. Pour le reste la personne qui l’avait envoyé se limitait à dire qu’il trouvait que c’était son devoir civique de l’envoyer »

Je soupirais : « Manu ! C’est Manu qui l’a envoyé. Il doit vraiment me haïr. »

Puis je terminais ma pensée : Si Manu verrait que j’échappais à une condamnation il dénoncerait la procédure de déclaration de minorité prolongée comme une fraude.

Julien réfléchissait une minute : « Ce n’est pas sûre. Tu disais qu’il aime te voir humilié ? Si tu pars pour le reste de ta vie en prison c’est fini pour lui. Mais il devrait adorer l’idée de te voir soumise au contrôle de quelqu’un pour le restant de ta vie. Il pourrait même te visiter pour te voir humilié. Je suis sûre que si l’avocat de ton mari l’approche il sera vite convaincu.

Je réfléchissais et puis rétorquais qu’il y aurait toujours la photo et ma propre déclaration. A quoi Julien, comme bon avocat du diable, rétorquait que la photo, bien que compromettante, ne prouvait pas qu’il y avait eu pénétration si Farah prétendait avoir tout inventé. Et en ce qui concernait ma déclaration je pouvais aussi la rétracter.

Je réfléchissais : « Et pourquoi Farah ferait ça ? »

« L’avocat m’a simplement dit « Qu’elle aura ses raisons. ». De l’argent je suppose. Jérôme doit lui payer gros. »

Ma surprise grandissait par minute : « Et pourquoi il ferait ça ? »

« Pour protéger sa famille du scandale. C’est ce que son avocat m’a dit et cela me parait logique. Jusqu’à maintenant il n’a eu aucun écho dans la presse mais cela changerait s’il y avait un procès. »

Il posait de nouveau une fraction de seconde puis il continuait. « Mais je ne crois pas que c’est son unique raison. Je crois qu’il veut se venger. Et c’est pour ça que tu ne peux pas accepter cette proposition. »

Je répondais que ces motivations m’étaient égales. Que si de cette manière j’éviterai la prison et je pourrais continuer à voir mes enfants le reste n’était pas important.

Julien devenait visiblement préoccupé. Il me priait de ne pas prendre des décisions trop vite, de l’écouter d’abord. J’acceptais en haussant les épaules.

Julien m’expliquait que je devais réaliser que c’était une mesure quasi irrévocable. La loi prévoyait une procédure de révision mais puisque je pourrais seulement entamer une procédure avec l’accord de mon tuteur, c’est-à-dire Jérôme, accepter de me faire déclarer mineur prolongée voulait dire que je le serai aussi longtemps que Jérôme le voudrait, c’est-à-dire probablement pour toujours. Par contre avec une condamnation pour viol, même si j’étais condamnée à la peine maximum, je serai libre dans une dizaine d’années. Je n’aurai pas encore 50 ans, mes enfants seraient des jeunes adultes, je pourrais renouer contact avec eux, et je pourrais encore avoir une seconde vie. Mais si j’acceptais la proposition de mon mari dans 10 ans je dépendrai toujours de lui.

Je haussais les épaules. La prison me faisait horriblement peur et en plus j’avais trop honte et donc tout me paraissait mieux qu’un procès public. Moi aussi je voulais éviter le scandale, pour moi-même mais aussi pour mes enfants. Je regardais Julien et lui répondais que j’acceptais la proposition de Jérôme. Julien essayait encore de me faire changer d’idée mais je l’interrompais : « C’est tout décidé. Explique-moi plutôt comment cela va se passer pratiquement. » Julien soupirait mais puis se mettait à m’expliquer les pas suivants.

Une demi-heure plus tard on regagnait la maison de Manu ou, à la grande déception de ce dernier, Julien annonçait qu’il m’emmenait avec lui.

Il m’installait dans un hôtel en face de son cabinet et le lendemain déjà j’avais rendez-vous avec un médecin dans ses bureaux. Avant l’entretien Julien me donnait un test de QI à remplir, mais en même temps il me donnait un exemplaire déjà remplie en disant que je devais suivre cet exemple. Plus tard, au moment de paraitre devant le juge, j’apprendrais que le résultat indiquait un QI de 55, – ce qui équivaut plus ou moins à un enfant de 8 ans. Je me demandais si le médecin savait que j’avais falsifié mes réponses mais décidait que ce n’était pas important. Il s’adressait à moi comme à un enfant en bas âge et je jouais le jeu. Ce qui m’était rendu facile par la façon dont les questions étaient posées, suggérant à chaque fois la « bonne » réponse.

Il commençait par m’annoncer que si je travaillais bien j’aurais droit à un bonbon. J’étais trop surprise par cette entrée en matière pour réagir et donc il enchainait : « Je suis sûre que t’aimes les bonbons, non ? » A quoi j’avais réagie par un timide « oui », ce qui me valait la question suivante « Je suis sûre que tu préfères les bonbons aux épinards, non ? » Ayant compris le mode de travail je répondais par un oui plus firme. Après les questions devenaient un peu plus intéressantes, et à certaines occasions il me montrait des images auxquels je devais réagir, mais toujours aidé par des questions suggestives. Tout l’entretien ne durait pas plus qu’une bonne demi-heure. Je n’ai jamais connu le contenu du rapport sauf le compte rendu faite lors de la séance au tribunal. Il semblait avoir appris beaucoup de choses sur moi en très peu de temps.

L’audience au tribunal se passait une dizaine de jours après. En attendant je logeais à l’hôtel – aux frais de Jérôme – et profitais de ma liberté que je savais de courte durée. Pendant cette période je m’informais davantage sur le statut de « minorité prolongée ». C’était bien plus grave que ce que j’avais compris.

Tout d’abord je lisais que la loi prévoyait le statut de minorité prolongée pour « les personnes qui, en raison d’un retard mental grave, étaient et resteraient incapable de s’occuper d’elles-mêmes et de gérer leurs biens. L’arriération mentale doit être la seule cause ou la cause principale de l’incapacité. Cette incapacité ne peut pas être temporaire. »

Lucien me l’avait bien précisée mais le voir imprimé me donnait quand même un choc. Et la continuation de mes lectures n’était point plus rassurante.

« Un retard mental grave signifie un état de déficience mentale présent à la naissance ou qui a débuté dans la petite enfance, caractérisé par un manque de développement de l’ensemble des capacités intellectuelles, affectives et volitives. La mesure de minorité prolongée peut être prise pour une personne majeure, s’il est établi que cette personne se trouvait, quand elle était mineure, dans les conditions déterminées pour la minorité prolongée. »

« La personne doit être incapable de s’occuper d’elle-même et de gérer ses biens. Savoir gouverner sa personne consiste à savoir apprécier ce qui est bon pour soi. »

« Si le tribunal décide de la minorité prolongée, la personne protégée se retrouve dans la situation dans laquelle elle était lorsqu’elle avait moins de 15 ans, c’est-à-dire soumise à l’autorité parentale de ses père et mère, ou d’un tuteur. »

En plus le statut de minorité prolongée est « public ». Il y a une mention dans les registres de la population de la commune avec indication de l’identité du tuteur et une mention sur la carte d’identité de la personne protégée. Je ne pourrais plus voter, ni conduire une voiture, ou même plus aller à des séances de cinéma réservées aux adultes. (En théorie au moins puisque personne n’allait contrôler ma carte d’identité à l’entrée d’un ciné.) Je réalisais que je ne pourrais absolument plus rien faire sans être assisté par Julien (puisqu’il serait désigné comme tuteur). Je ne pourrais même plus sortir de la maison sans autorisation.

Si je commençais à avoir des doutes l’idée de passer des longues années en prison et de provoquer un scandale qui allait impliquer toute ma famille, me convainquait de continuer sur la voie choisie.

L’audience au tribunal était également étonnamment courte.

Elle commençait par la présentation du rapport du médecin par l’avocat de Jérôme.

Après avoir établi que j’avais l’intelligence cognitive d’un enfant de 8 ans le rapport précisait que mon intelligence émotionnelle était plutôt celle d’un enfant de 5 ans. Si je comprenais en général ce que je pouvais faire et ce qui n’était pas permis je n’avais pas assez de contrôle de soi pour m’empêcher de faire les choses défendues. Comme si je pensais « si ça me fait sentir bien ça doit être bien »

Comme beaucoup d’enfants de cet âge j’avais des tendances exhibitionnistes et une curiosité pour mon propre corps et celui des autres (Je me souvenais que le médecin m’avait fait dire qu’un de mes jeux préférés était de jouer au médecin)

J’étais impulsif et complètement égocentrique, ignorant ce que les autres pouvaient bien sentir, devenant enragé quand je n’obtenais pas ce que je voulais. Mais avec le temps j’avais appris à imiter les comportements des adultes, y compris à dissimuler mes colères.

Comme toutes les personnes souffrant d’un retard mental j’avais des difficultés de communication, de concentration, de mémoire, et je manifestais une rigidité mentale et un manque de compréhension moral et des conséquences de mes actions. Et finalement j’étais très influençable et vite à accepter les opinions des personnes à autorité. Cherchant à les plaire souvent je répondais leurs questions dans le sens que je croyais qu’ils voulaient.

Bien que c’était plus ou moins à quoi je m’étais attendu écouter ce rapport en présence de mon mari et de mes parents, sans que personne ne protestait, était horriblement humiliant. Même sachant que toutes les personnes présentes, sauf le juge et le personnel administrative du tribunal, savaient que tout était faux.

Et puis c’était le tour aux témoignages.

D’abord mes parents. Que ma mère ait été disposée à participer à ce cirque ne m’avait pas surprise. Très traditionnelle, elle trouvait que la place d’une femme et mère de famille était à la maison. Elle c’était opposée à mes études et avait toujours fortement critiqué chaque job que j’avais eu. Maintenant elle avait le moyen de me condamner à rester à la maison. Mon père par contre avait toujours été fier de mes succès et avait regretté que j’aie abandonné mon job comme chercheuse universitaire. Mais qu’il participait néanmoins à mon humiliation n’aurait pas dû me surprendre puisque lui aussi avait horreur du scandale et était prêt à tout pour protéger sa bonne réputation et celle de sa famille.

Leur témoignage, bien qu’un grand mensonge du début à la fin, était d’une simplicité efficace : Ils c’étaient rendu compte qu’il y avait un problème avant mon premier anniversaire. Après avoir eu la confirmation médicale ils avaient choisi de garder mon handicap secret et avaient donc optés pour une éducation privée à la maison. Et ils avaient mis énormément d’effort à m’apprendre à dissimuler mon handicap en imitant le comportement des adultes.

Ils m’impressionnaient par la façon, sans aucune hésitation, qu’ils délivraient leur témoignage et répondaient aux questions du juge.

Surtout quand mon père rentrait dans des détails mensongers en me regardant, j’avais les larmes aux yeux. Il expliquait que, malgré les apparences, ma façon de comprendre les mots communs, étaient au niveau d’un enfant de 8 ans. Je ne comprenais pas le monde autour de moi : je ne comprenais pas la fonction du système digestif par exemple, ou le levé et le coucher du soleil, ou pourquoi on devait mettre des timbres sur des lettres. Mes capacités de calcul étaient limitées à l’addition et la soustraction, ou je m’aidais de mes doigts.

Après c’était le tour à Jérôme et je me demandais comment il allait expliquer le fait qu’il c’était marié à une arriérée. Si le témoignage de mes parents fut simple et efficace celui de Jérôme fut génial et témoignait de beaucoup d’imagination

Il expliquait comment, comme ami de la famille (sic), il m’avait connu dès mon enfance. Il avait toujours eu beaucoup de sympathie pour moi et, ne voulant pas accepter mon handicap comme quelque chose d’incurable, m’avait toujours motivé à apprendre des choses et à m’améliorer. Quand j’étais devenu une jeune, et joli, adolescente, il était tombé amoureuse de moi mais avait cru que c’était un amour impossible. Il était parti à l’étranger et ne m’avait plus vue pendant plusieurs années. A son retour j’étais devenu une jeune femme ravissante et, aveuglé par son amour, il avait eu l’arrogance de penser que sous son influence je pourrais encore évoluer et mener une vie normale. Il avait donc demandé ma main à mes parents, qui avaient été ravi.

Hélas très vite il avait compris que je n’étais pas capable de mener une vie normale. Et après la naissance de notre dernier enfant j’avais même commencé à régresser. Il n’osait plus me laisser seule et avait donc engagé une personne pour l’aider avec les enfants et en même temps pour veiller sur moi en permanence.

Si dans la vie de tous les jours cet arrangement fonctionnait à la satisfaction de tout le monde, juridiquement la situation n’était pas claire. C’était pourquoi, en concertation avec mes parents, il avait entamé la procédure pour me déclarer « mineur prolongée ». Et vue l’âge de mes parents il demandait d’être nommé tuteur.

Bravo !

Après le témoignage de Jérôme le juge demandait à Julien si j’étais prêt à témoigner à mon tour. Puis le juge, s’adressant à moi comme à un enfant, me disait qu’il voulait me poser quelques questions et demandait si j’étais d’accord.

Jérôme m’avait préparé pour cet interrogatoire en m’instruisant de répondre toujours par des simples oui et non, même à des questions ouvertes, ou par « je ne sais pas ». Seulement quand le juge me demanderait mon nom je pourrais lui donner mon prénom.

Comme première question le juge demandait en effet mon nom à quoi je répondais clairement : « Je m’appelle Martine ». Mais puis il demandait mon âge à quoi je répondais par « Oui ». Etonné le juge demandait si je connaissais mon âge et je répondais par un autre oui. Le juge insistait : « Alors tu veux bien me le dire ? » A quoi je répondais de nouveau par oui.

Le juge, fort étonné, regardait les autres personnes : « Elle connait quand même son âge je suppose ? » Jérôme était le premier à réagir : « Bien sûre M. le juge mais elle est impressionnée par l’environnement et la présence de personnes qu’elle ne connait pas et alors elle perd tous ces moyens. »

Le juge me regardait quelques secondes et puis continuait son interrogation mais en faisant attention à poser des questions plus fermées auxquels je pouvais répondre par des oui ou des non.

– Tu as 38 ans ?

– Oui

– Tu habites dans une grande maison avec ton mari et tes enfants ?

– Oui

– Tu as combien d’enfants ?

– Je ne sais pas

– Tu as 3 enfants ?

– Oui

– Ah oui ? Je croyais que tu avais 2 enfants ?

– Oui

– Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu dis que tu as deux enfants ?

– Oui

 

Je juge me regardait de nouveau pendant quelques secondes et puis disait qu’il n’avait plus de questions pour moi.

Changeant de ton il s’adressait aux autres en annonçant qu’il croyait qu’en effet le statut de minorité prolongée le paraissait indiqué. Puis, en m’ignorant complètement, il continuait à questionner mes parents, mon mari et mon avocat sur le choix de Jérôme comme tuteur plutôt que de confirmer mes parents dans leurs rôles parentaux.

Etourdie par la décision rapide sur mon sort je ne suivais plus pendant plusieurs minutes. Quand je faisais à nouveau attention j’entendais le juge s’adresser à Jérôme en disant que mari et femme avaient des rapports qui n’étaient pas permis entre un tuteur et sa protégée mineure.

 

Jérôme, qui manifestement c’était attendu à cette remarque, répondait vivement : Evidemment nous n’avions plus de relations de mari et femme depuis des nombreuses années. Plus précisément depuis ma régression après la naissance de Renée il ne pouvait plus imaginer avoir ce genre de relation avec moi. Et il savait que si j’étais déclarée mineure prolongée avoir des relations avec moi serait un acte criminel.

 

Le juge avait l’air de réfléchir quelques minutes puis s’adressait à mon avocat et demandait s’il avait encore quelque chose à dire à quoi Julien répondait qu’il n’avait plus rien à ajouter. Le juge regardait l’assemblé : « Alors, puisque toutes les personnes impliquées sont d’accord, je nommerai monsieur comme tuteur. Vous aurez le jugement dans 2 ou 3 jours. La séance est levée. »

 

Pendant que le juge quittait la salle Julien se tournait vers moi et disait, sur un ton délibérément neutre : « Voilà c’est fait. »

Surprise par la simplicité et la rapidité de la procédure je réagissais : « En effet. Et maintenant ? »

Lucien me répondait que c’était une bonne question et en m’instruisant de l’attendre il se dirigeait à l’autre bout de la salle ou Jérôme et son avocat conversaient. Pendant que je le regardais s’éloigner je voyais que mes parents venaient vers moi. Cela faisait plus d’un an que je ne les avais plus parlé et je n’avais pas envie maintenant non plus, mais je ne pouvais plus les éviter.

 

Ma mère se penchait vers moi, m’embrassait sur la joue, tout en disant : « T’as bien fait ma chérie. C’était la meilleure solution. » L’hypocrite !

« Ah oui ? Pour qui ? »

« Pour tout le monde. Pour toi aussi. Jérôme et Françoise prendront bien soin de toi, tu peux être sûre. »

J’avais pensé au rôle que Françoise jouerait dans cette masquerade mais avait toujours chassé cette idée de ma tête. Penser à cet imposteur m’enrageait. Heureusement qu’à ce moment je voyais que Julien revenait vers moi et me levant, j’allais à sa rencontre, laissant mes parents en plan.

 

Lucien m’expliquait que bien que le jugement n’était pas encore officiel Jérôme était prêt à me laisser rentrer : « Si t’es d’accord tu peux rentrer encore aujourd’hui. »

« Si je suis d’accord ? Je n’ai quand même plus rien à dire ? » je demandais sur un ton sarcastique. « Aussi longtemps que le jugement n’a pas été assigné aux partis concernés et à la commune, tu gardes tout tes droits. »

A ma question combien de temps cela allait prendre il me répondait qu’en général cela allait vite, pas plus qu’une semaine.

J’hésitais. Une dernière semaine de liberté était fort tentante mais en même temps j’avais hâte de retrouver mes enfants. En plus j’étais fatiguée et puisque les dés étaient jetés je pouvais aussi bien commencer ma nouvelle vie toute suite. Je continuais à évaluer les pours et les contres des deux options quand Lucien ajoutait une information qui rendait la décision inévitable : Jérôme n’allait plus payer l’hôtel.

Je souriais à mon avocat : « Ah je vois. Mon accord n’est déjà plus nécessaire, on m’oblige. » Julien faisait comme il n’entendait pas mon ironie et me proposait de me conduire chez moi, en passant d’abord par l’hôtel pour chercher mes affaires, ce que j’acceptais.

 

Une heure plus tard je sonnais à la porte de ma maison accompagnée de Julien qui tenait mon sac à la main. Françoise ouvrait et me donnait un grand sourire : « Ah te voilà. Je suis tellement contente que tu sois de retour. » Elle voulait m’embrasser mais je tournais la tête. Françoise ignorait ce geste et s’adressant à Julien le remerciait pour m’avoir conduite à la maison et prenait le sac de sa main.

Julien, surpris par cette façon d’être congédié immédiatement sans être invité à rentrer, hésitait une seconde, puis me tendait la main : « Bonne chance Martine. Si jamais je peux t’aider appelle moi. »

 

Quand la porte était fermée dernière lui Françoise prenait mes deux mains dans les siennes : « Je suis tellement contente que tu sois de retour à la maison, dans ta famille. Tout ce temps t’as dû te sentir tellement seule. Et tu m’as fortement manqué ma chérie. »

Elle paraissait tellement sincère que son geste et ces paroles m’émouvaient. Les derniers mois j’avais été abandonné et trahi par toutes les personnes que j’aimais et Françoise était la première personne à manifester son amour pour moi depuis longtemps. Cette manifestation d’affection et le fait de me retrouver dans ma maison m’émotionnaient fortement. Les sentiments refoulés de tous ces mois faisaient irruption et je me mettais à pleurer à grand sanglots.

Françoise me prenait dans ces bras et me laissait pleurer un bon bout, en me caressant doucement les cheveux. Quand finalement je me calmais elle m’emmenait vers la cuisine ou elle me faisait m’asseoir et me servait à boire.

 

Elle m’assurait que mon cauchemar était terminé, que j’étais en sécurité maintenant. Je hochais la tête et chuchotait : « Je sais, je sais. »

Voyant que j’étais fatigué et prêt à tout accepter elle en profitait pour confirmer nos nouveaux rôles. Prenant de nouveau mes mains dans les siennes elle expliquait que maintenant elle était la compagne de Jérôme et par ce fait en charge du ménage. Que je devais donc l’obéir autant que je devais obéir Jérôme, mon tuteur. Je hochais la tête, et quand Françoise demandait si j’avais bien compris je murmurais que oui, je ferai tout ce qu’elle demandait.

 

Satisfaite de ma réaction Françoise changeait de registre et sur un ton joyeux elle annonçait que Jérôme nous attendait dans son bureau, mais que je devrais d’abord me changer en « quelque chose plus approprié à mon âge. »

Je croyais que c’était une blague et j’appréciais ce geste puisque tout est tellement plus facile à faire passer avec un peu d’humour. Je la regardais donc avec un grand sourire mais ne voyant aucune signe d’humour sur son visage je comprenais qu’elle était sérieuse.

Cela me faisait sourire davantage. Amusée et curieuse en même temps je me levais : « Je suis curieuse de voir ce qui est de mon âge. »

 

Françoise, ignorant de nouveau mon ironie, répondait qu’elle avait tout préparé sur mon lit. Pour monter l’escalier Françoise me prenait par la main et je la laissais faire. Elle m’expliquait le nouvel arrangement des chambres : Elle-même partageait la chambre matrimoniale avec Jérôme (ce n’était pas une surprise), Antigone occupait l’ancienne chambre des invités, Emmanuelle celle de Renée, et Renée et moi allions partager l’ancienne chambre de Antigone et Emmanuelle. (Salvador dormait toujours au second étage, dans une grande chambre mansardé sous le toit).

 

J’étais sur le point de demander s’ils n’avaient pas peur que j’allais violer la petite mais je me retenais. L’idée de partager la chambre avec mon petit ange de 5 ans m’enchantait.

 

La chambre était maintenant aménagé de manière joyeuse, décorée avec des dessins d’ours, lapins et chats et un grand arc-en-ciel tout en couleurs pastels. Il y avait des lits jumeaux sur un desquels je voyais étalée des vêtements. Il s’agissait d’une jupe écossaise courte, un chemisier blanc à jabots, et un cardigan vert avec des chaussettes hautes assorties. Je souriais. Sans faire des commentaires je me changeais. J’étais très consciente, et fière, que je ne paraissais pas mes 40 ans, et qu’une mini-jupe allait mettre en évidence mes longues jambes, qui malgré mon âge, paraissaient à des jambes d’une jeune fille. Une fois habillé Françoise arrangeait mes cheveux dans une queue de cheval et quand je me regardais dans le miroir j’étais surprise. J’avais un aspect juvénile, même enfantin, mais je me trouvais sexy en même temps. Si cela était leur façon de m’habiller « en accord avec mon âge » je n’allais pas protester.

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Quand Françoise et moi entrâmes dans son bureau, Jérôme, assis derrière sa grande table imposante, levait les yeux.

« Chérie, regarde qui est arrivé ! »

« Ah, te voilà ! Bienvenu de retour à la maison ! »

Il me regardait de haut en bas sans la trace d’un sourire. Tout d’un coup je me sentais exposé et vulnérable avec ma petite jupe enfantine.

« Tu ne me donnes pas de bise ? »

Françoise me poussait un peu en avant et je m’approchais de mon mari. Il présentait sa joue et, me penchant en avant, je l’embrassais.

Personne ne paraissait savoir quoi faire après et un petit silence gêné s’installait. Jérôme était le premier à reprendre la parole en s’adressant à sa campagne :

« Chérie, pourquoi tu ne lui montres pas la chambre qu’elle va partager avec … »

Je l’interrompais : « Françoise m’a déjà montré ma chambre. »

Il se mettait debout : « Martine, les enfants n’interrompent pas les adultes quand ils parlent. »

Je ne croyais pas mes oreilles, mais je n’étais pas à la fin de mes surprises. Loin de là.

Il enchainait : « Et nous voudrions que tu nous appelles papa et maman. »

 

J’étais sidéré. Ils étaient complètement fous ? Surtout que nos enfants avions toujours appelés Jérôme et moi par nos prénoms. Stupéfaite je regardais de l’un à l’autre. C’était Françoise qui continuait : « Oui tu verras il y a eu quelques changements de règles ici. Tes sœurs et ton frère nous appellent aussi papa et maman maintenant. Et tu verras cela t’aidera beaucoup à trouver ta nouvelle place dans la famille. »

 

Elle voulait me prendre par la main mais je refusais. Je me tournais vers Jérôme :

« Et qu’est ce qui se passait si je refusais ? »

« Tu serais punie. »

 

Je croyais que j’hallucinais. Ma vie entière était une punition. Qu’est-ce qu’ils croyaient encore pouvoir trouver qui allait me toucher ? Je faisais un grand sourire : « Me punir ? Et comment ? »

 

Jérôme n’hésitait pas une seconde : « Te priver de télévision, de diner, d’ordinateur par exemple »

Et Françoise enchainait : « Ou je te mettrai au coin, c’est encore toujours une punition efficace pour des petits enfants. Et si tout ça n’est pas suffisant il nous reste toujours une bonne fessée. »

 

Je ne tenais plus et éclatais de rire et regardait les deux d’un air défiant : «Ah je vois.  Maintenant j’ai peur. »

Jérôme s’approchait d’un pas : « Martine, écoute moi bien ! Si tu ne peux pas, ou ne veux pas, t’adapter à ta nouvelle situation on devra t’envoyer dans un institut. Le Dr Petit, celui que t’as rencontré et qui a fait le rapport pour le juge, tient un institut pour des personnes comme toi, et il serait ravi de t’accueillir. »

 

Mon amusement et ma défiance disparaissaient comme de la brume pour le soleil, pour faire place à un sentiment de panique. Quand Françoise reprenait ma main et me conduisait hors du bureau de Jérôme je ne résistais plus.

 

  • A suivre –
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3 comments on “Le double tabou 3

  1. bebenoam44 says:

    merci pour ce nouveau chapitre j’espere voir les suivants tres vite !

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